TheArabicNovel et son univers : les cendres du passé (Partie II)

par | 4 juin 2022 | Portraits

Il serait vulgaire de ma part de vous écrire une unique partie sur Sarah, alors qu’il y a tant de choses à dire et à partager avec vous. Si vous n’avez pas lu la première partie, je vous invite à la lire en cliquant sur ce lien.

« Je pense que je fais une fixette sur le passé. »

Sarah est petite fille de révolutionnaires algériens, est-ce la raison qui explique son obsession sur ce qui s’est passé durant la guerre d’Algérie ?

Sarah m’explique que ses grands-parents (que la miséricorde de Dieu soit sur eux), ne parlaient pas du passé avec leurs enfants. Cependant, depuis toute petite, elle posait des questions à sa grand-mère, elle voulait savoir et comprendre. Néanmoins, elle pense qu’elle a réouvert les blessures du passé de sa grand-mère. 

« Ma grand-mère m’a un jour dit, mais Sarah pourquoi tu t’intéresses à ça, toi, tu es française, tu es française. »

Lorsque nous évoquons les histoires de nos ancêtres, de nos pays d’origine, et de la colonisation, il y a toujours cette question de légitimité qui revient. « Nous jouissons des fruits de leur combat, et pourtant nous cultivons en nous une tristesse et une mélancolie d’un passé que nous n’avons pas vécu. »

Sarah me confie, à cette époque où elle discutait avec sa grand-mère, qu’elle ne se sentait pas française. Elle en voulait au monde entier pour ce qui s’était passé en Algérie.

« Je ne l’avais pas vécu cette guerre, mais je la porte en moi. »

Comment peut-on porter une guerre qu’on n’a pas vécue, comment peut-on ressentir autant d’émotions face à une histoire qui n’est pas directement la nôtre ? Héritons-nous des traumatismes de nos ancêtres ?

Certains.es diront pourquoi ressasser un passé qui n’existe plus. Pourquoi vivre dans le passé, qui, en plus, est un passé sombre et rempli de douleur ?

Aujourd’hui, nous constatons que ce passé est en train de s’éteindre avec les aïeux qui partent. Nous avons besoin du travail de mémoire, nous avons besoin de ces histoires, nous avons besoin de les comprendre. Nous devons saisir ces récits pour les transmettre avant que cela ne soit trop tard.  

« Moi, j’ai envie de raconter ça à ma fille. Il faut donc saisir ces histoires. »

Une fracture au niveau de la langue, due à la colonisation, est la raison pour laquelle on ne transmet pas ces histoires, ni à l’écrit, ni à l’oral. Une sorte de coup de hache donné par le colonisateur qui a brisé l’Algérie et qui a laissé les générations suivantes chamboulées. Les histoires se perdent entre deux langues, deux cultures, deux façons de faire et de vivre. Que faire pour transmettre nos histoires et ne pas les perdre ?

Le pont qui nous lie à nos ancêtres est fissuré, fragile et il suffit d’un léger souffle pour perdre ce lien. 

Tout au long de mon échange avec Sarah, j’ai senti cette mélancolie qu’elle possède envers le passé et envers l’Algérie. Naturellement, son premier manuscrit traite du passé, de l’Algérie et de la colonisation.

« J’ai du mal à trouver un éditeur, on me répond, « c’est bon, mais ce n’est pas pour nous ». C’est ça qui me fait mal. »*

Son premier manuscrit parle de cette obsession du passé, de la guerre d’Algérie, de tout ce qu’elle porte en elle et qu’elle n’a pas vécu. Cependant, elle a du mal à trouver une maison d’édition qui accepte son roman tel qu’il est. Elle ajoute qu’elle ne l’a pas écrit pour la maison d’édition mais pour les lecteurs qui en ont besoin.

J’évoquais un peu plus haut le besoin de transmettre les histoires de nos ancêtres. Il est important que l’on ait ces histoires sous différents formats (films, séries, œuvres d’art ou encore livres et romans).

Sarah a écrit ce livre parce que ça lui fait mal, et que quelqu’un d’autre pourra se reconnaître dans son histoire, dans sa souffrance. Elle n’est certes pas détentrice de cette histoire, mais cette histoire est commune à plusieurs personnes. Elle n’est qu’une plume.

« Je ne suis qu’une plume. »

Une plume qui souhaite que le nom de ses parents figure sur un livre édité par une maison d’édition française. C’est son challenge à elle, sa contribution à cette lutte.

Je pense que chaque personne qui se reconnaît dans cette série d’articles porte en elle une sorte de revanche qu’elle souhaite mener à terme : publier un livre, réaliser un film, bâtir un empire, peu importe la forme, dont le message est sur le sol français, je vous souhaite du fond du cœur, de prendre votre revanche dans les règles de l’art.

Une autre raison importante qui joue sur la publication du livre de Sarah – que j’ai hâte de lire – est qu’elle fonctionne au feeling et à l’affect. Elle souhaite trouver un.e éditeur/trice qui comprend sa sensibilité, son univers et qui ne tente pas de réécrire son récit.

Son premier manuscrit constitue un récit personnel, écrit avec les fragments de vie de ses grands-parents, elle ne désire pas le réécrire pour plaire à l’éditeur/trice.

« Il y a quelque chose de trop personnel. Je veux le meilleur pour ce livre. »

Pourquoi avoir écrit ce livre ? « Quand, j’ai commencé à comprendre que ma grand-mère était une femme combattante qui a pris les armes, j’étais captivée à l’adolescence, et j’avais dit à mes parents, il faut qu’on raconte cette histoire, j’avais trouvé ça fascinant.

Je pense que dans toutes les familles algériennes, on est fier de ce qui s’est passé, on a envie de raconter ces histoires et de les partager. »

« Ce roman, il fait 300 pages. Ce roman, je l’ai écrit pour moi. Je me demande d’ailleurs si ce récit n’est pas trop intime pour être partagé, c’est pour cela aussi que quand j’ai un refus d’édition, je le prends personnellement. »

En combien de temps tu as écrit ce livre ? « J’avais toutes les bribes, tous les textes et toutes les archives. Ma grand-mère est décédée lors du premier confinement, le 6 avril 202. Et là, j’ai tout écrit, pendant tout le confinement. Tout est sorti. J’avais besoin de faire mon deuil. Tout est sorti à ce moment-là.

Une amie m’a dit que c’est « cathartique », on sent ta peine, on la sent.

Je suis très sensible comme personne. Je ne sais pas si ça se ressent, mais quand j’écris c’est que ça vient vraiment du cœur et là c’était le summum du summum de mon émotion. »

« Le livre est dur, très dur. »

Avec Sarah, j’ai beaucoup parlé de ce passé, elle m’a partagé une partie de son histoire, et je ne la remercierais jamais assez pour ça.

J’ai compris une chose, en discutant avec Sarah et en écrivant cet article: son livre n’est pas simplement une sorte de revanche, à mes yeux, c’est un hommage à son pays d’origine, un hommage à ses parents, mais surtout un hommage à sa grand-mère (que la miséricorde soit sur elle).

J’ai senti un amour profond et sincère envers sa grand-mère, lorsqu’elle l’évoquait. Je lui souhaite le meilleur pour ce livre, et j’espère du plus profond de mon cœur que ce manuscrit soit un étendard d’espoir pour la prochaine génération. Merci Sarah pour ta sincérité et ta bienveillance.

* Les propos susmentionnés sont datés

 

Pour lire la dernière partie du portrait (III), cliquez ici !

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


Lysandra & l’équipe soutien

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.