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Nana Asma’u : ode au savoir partagé

Certain.e.s voient en elle un personnage précurseur du féminisme moderne en Afrique. Elle est la preuve vivante et éclatante que l’indépendance et l’émancipation des femmes musulmanes peuvent se gagner en s’appuyant sur la connaissance et le partage des textes sacrés.
Passionnée, cultivée et résiliente, elle partagera l’ensemble de ses connaissances à sa communauté pour s’assurer plus d’égalité, de justice, de paix et de sororité. Princesse, poétesse, enseignante, savante, diplomate, Nana Asma’u fut tout ça à la fois ! Embarquons ensemble à sa rencontre dans le Nigéria du XVIIIème siècle.

 
C’est durant l’année 1793, à Degel, dans un petit village au Nord-Ouest du Nigéria que Nana Asma’u et son frère jumeau Hassan naquirent. Enfants de Usman Dan Fadio, ils bénéficieront tous deux d’une solide éducation islamique portée notamment sur l’étude du Coran et de la Sunna (ensemble des faits, gestes et actes du Prophète Muhammad).

Encouragée par sa famille, Nana Asma’u se forma à l’apprentissage des langues. Elle maîtrisait parfaitement l’arabe, le peul, le haoussa, langue parlée en Afrique de l’Ouest, et le touareg. La maîtrise ces langues donna à Nana Asma’u la possibilité d’approfondir ses connaissances notamment à travers l’étude de textes religieux relatifs à la prière, au droit, et au mysticisme.

C’est auprès de la Qadiryyia, confrérie soufie fondée au XIème siècle qu’elle poursuivit son chemin spirituel et qu’elle fit grandir en elle l’intime conviction que l’éducation au savoir est fondamentale et ce notamment auprès des femmes. Passionnée de poésie et de lecture, Nana Asma’u puisa son inspiration à travers la poésie arabe traditionnelle et les chants populaires peul.

Elle ne se contenta pas seulement de consommer le savoir mais contribua grandement à travers les années à le créer. Tout au long de sa vie, ce n’est pas moins d’une soixantaine d’ouvrages qu’elle rédigea. Des ouvrages divers et variés allant du manuel d’histoire, au traité de droit, de théologie ou encore de politique.

Ses ouvrages, encore consultés et utilisés aujourd’hui, nous permettent de retracer la période historique durant laquelle elle vécut à travers le regard d’une femme ne manquant pas de nous rappeler et de revendiquer les rôles et places que les femmes purent occuper. Ses ouvrages sont une source d’inspiration et d’information incroyables encore aujourd’hui.

En parallèle du savoir qu’elle accumula et des connaissances qu’elle partagea, Nana Asma’u fit du combat pour les droits des femmes au sein de sa communauté une priorité. Elle s’appuya notamment sur son bagage religieux et sur les textes sacrés pour appuyer ses revendications. Elle fit donc le choix d’enseigner. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, elle put accompagner des milliers de femmes et d’hommes musulman.e.s mais également non-musulman.e.s, elle se déplaça dans les villes mais également dans les ruralités avec la profonde volonté de permettre à tou.te.s de bénéficier d’une éducation basée sur des principes d’égalité et d’équité.

Face à la demande grandissante et se voyant en incapacité de répondre seule à l’ensemble du besoin, Nana Asma’u eut la formidable idée de former un groupe de femmes enseignantes qu’elle nomma « les jajis ». Ensemble, leur première mission fut de créer des manuels simplifiés afin qu’ils soient accessibles au plus grand nombre. La communauté yan-taru signifiante littéralement « rassemblement entre femmes » était née.

Formées et équipées, elles parcoururent le Califat avec pour projet d’éduquer les femmes en priorité. Leur objectif était de rappeler que l’éducation des femmes était un droit garanti par l’Islam, et non une faveur qu’il fallait quémander.

Quel succès ! En moins de quelques années, des milliers de jeunes filles et femmes purent avoir accès à un savoir émancipateur et libérateur.

Le travail mené par Nana Asma’u s’inscrivit dans le contexte du Jihad de Sokoto, un mouvement culturel et religieux se voulant révolutionnaire porté et leadé par son père. La sachant stratège et diplomate, il la nomma conseillère. Ayant relevé le défi avec brio, elle poursuivit ses fonctions durant le califat de son frère en écrivant les instructions aux gouverneurs et en débattant avec les différents savants invités. Son sens de la diplomatie et son expérience sur le terrain firent d’elle une experte en médiation.
 
Passionnée et convaincue du rôle et de l’importance de la transmission, elle tâcha de former ses sœurs au métier, dans les dernières années de sa vie. Ainsi, ses sœurs Miyram et Fatima prendront le relais après son décès et s’assureront aux côtés des califes que justice et égalité soient bien appliquées.

Il est indéniable que la figure de Nana Asma’u devait figurer dans les 30 portraits proposés. Figure emblématique du féminisme et notamment du féminisme islamique, elle est et devrait être une source d’inspiration pour les femmes musulmanes du monde entier. Sa vie entière est une ode au savoir, au savoir partagé ayant pour finalité la paix, la justice, l’égalité et la sororité !
 
 
Crédit imagine à la une : blabla

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