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Lubna de Cordoba : garante de l’essor culturel

La femme dont je vais vous parler a atteint des sommets par sa seule volonté et son efficacité et c’est par sa soif de savoir qu’elle a marqué l’histoire.
Ses vastes connaissances et compétences lui ont permis de côtoyer les plus grands de son temps, et d’occuper des postes où les responsabilités furent des plus importantes.
La femme dont je vais vous parler est poète, mathématicienne, bibliothécaire et tellement d’autres choses à la fois.
La femme dont nous allons parler s’appelle Lubna, mais elle est également connue sous le nom de Lubna de Cordoba

 

De sa naissance, de son enfance, et de son adolescence, nous ne savons que très peu de choses. Nous ne pourrons situer l’année ni même la ville de sa naissance. De Lubna, nous savons qu’elle était espagnole issue d’une famille en grande précarité et que très jeune, elle fut réduite à la servitude.
Mais sa condition du début ne l’empêcha pas de développer un nombre incalculable de passions. En effet, l’écriture, la grammaire, la poésie et les mathématiques l’attiraient, si bien que dès qu’elle le pouvait, il y consacrait l’ensemble de son temps et de son énergie.
C’est ainsi que très vite, elle fut repérée et commença alors à servir en ce sens. Elle devint scripte et eut pour mission de recopier et calligraphier un certain nombre de livres afin qu’ils puissent plus facilement être diffusés. Son efficacité ne fut plus à prouver et son nom se répandit. Bientôt Lubna commença à être sollicitée par différentes personnalités.

 

Si aujourd’hui l’on devait citer des modèles de femmes autodidactes, Lubna de Cordoue devrait nécessairement y figurer. Partie de rien, elle consacra durant des années son temps et son énergie à se former jusqu’au jour où elle fut appelée par le calife Abd Al-Rahman III pour travailler à ses côtés au sein de la cour royale des Omeyades de Cordoue. C’est ainsi qu’elle devint secrétaire du palais, mais également bibliothécaire, mathématicienne et poète.
Lubna était une femme forte, autonome et ses différentes expériences et connaissances lui permirent très vite de dépasser les fonctions qui lui avaient été confiées. Elle fut en capacité de débattre et de rivaliser avec politicien.ne.s, philosophes et dirigeant.e.s de l’époque. Son charisme et son intelligence lui permirent très vite de figurer parmi les figures les plus importantes du palais des Omeyyades de Cordoue.
En 961, à la mort d’Abd Al Rahman III, son fils Al Hakam b. Abd al-Rahman reprit le pouvoir. A aucun instant, il n’eut la volonté de se séparer de Lubna, bien au contraire, il lui donna pour mission d’être garante de l’essor culturel et intellectuel du califat. Ainsi, avec un grand nombre de femmes et d’hommes à ses côtés, elle commença à reproduire, écrire et traduire, les livres les plus importants et ce dans des domaines très différents.

 

C’est en partie grâce à ce travail colossal qu’elle dirigea que nous sommes aujourd’hui en capacité d’étudier et de nous inspirer d’œuvres de philosophes, de mathématicien.ne.s, de physicien.ne.s de la Grèce antique notamment.
Elle fut aussi avec Hasdaï Ibn Shaprut, médecin, diplomate et mécène juif du Xe siècle à l’initiative de la création de la fabuleuse bibliothèque de Madinat al-Zahra.
A la suite de quoi, elle la présida. La bibliothèque royale comptait plus de 500 000 livres dont Lubna avait la capacité de dire où chacun d’eux se trouvait. Afin qu’elle soit perpétuellement alimentée et que les plus belles pièces y soient recensées, Lubna parcourut seule le Moyen-Orient à la recherche de livres les plus prisés. De sources historiques, on sait notamment qu’elle voyagea fréquemment au Caire, à Damas et à Bagdad.
Sa bibliothèque fut l’une des plus importantes et des plus célèbres de son temps. Cordoue connut grâce à son travail acharné, un essor culturel conséquent. Les savant.e.s s’y déplaçaient massivement afin d’y trouver les écrits dont ils avaient besoin, la ville était devenue dans les esprits de chacun.e, une cité des sciences et de la culture.
Il s’est passé des siècles avant qu’une bibliothèque semblable à la sienne voit le jour en Espagne. Al Hakam II était le mécène et le protecteur des philosophes et des poètes, même les plus polémiques, et Lubna en était la cheffe d’orchestre.

 

Lubna avait su faire de Cordoue un lieu symbole de pluralisme, de tolérance, ou l’équité devait nécessairement régner. A la fin de sa vie, c’est à l’enseignement que Lubna se consacrera, elle enseigna notamment aux enfants, la magie des mathématiques et leur transmit son amour des chiffres.
C’est en 984 que Lubna décéda. Cependant, si l’on en croit les chroniques arabes de l’époque, l’on sait qu’en partie grâce à elle, la machine avait été amorcée. En effet, comme il est souvent mentionné, il pouvait y avoir dans certains quartiers, plus de 170 femmes lettrées chargées de copier, traduire ou rédiger. Ces quelques données suffisent à nous donner une idée de l’héritage qu’elle avait laissé, de nous montrer la place qu’occupait la culture mais également la manière dont les femmes y contribuaient.

 

Lubna fut une femme musulmane aux origines ni royales ni nobles. Seule, elle se façonna, elle s’instruisit, elle se perfectionna. Ce travail acharné qu’elle mena lui valut d’être nommée et renommée.
Lui donner, à elle, la charge de ces hautes responsabilités, était une preuve de la confiance et du respect qui lui étaient accordés, c’était également un contre-argument clair contre quiconque prétendait que les femmes en islam n’avaient pas de rôles stratégiques à jouer.
Lubna, bien qu’oubliée, fit partie de ceux et celles ayant contribué à la diffusion des savoirs qui furent essentiels dans la prospérité de nos sociétés.
Sa personne, son histoire et les traces qu’elle nous a laissées devraient nous rappeler qu’avec force et détermination, l’on peut inverser notre destinée, qu’avec envie et passion l’on peut faire taire la répression et qu’avec persévérance et croyance l’on peut faire évoluer les pires des mentalités.
Alors prenons ensemble Lubna comme modèle, faisons d’elle une source d’inspiration pour notre génération et celle à venir. Utilisons son histoire pour faire valoir justice, égalité et respect.
Pour en savoir, sur son histoire, sur son parcours, je vous invite si vous êtes anglophones à écouter ce fabuleux podcast à son sujet.

 

Belle écoute et à demain 😉

 

Illustration : Sist’art
Sist’art c’est l’histoire de 3 soeurs passionnées d’art et de dessins.
Pour découvrir leur univers, rendez vous sur instagram : @taekanddoart et @sistart.comics

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