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Virginie : une main tendue aux femmes à la rue

C’est au détour d’un repas solidaire pour son association que je croise Virginie, présidente de Baytouna. Elle nous parle avec amour de son projet. Virginie est une philanthrope. C’est une femme qui a décidé de s’investir pour d’autres femmes : celles qui vivent à la rue. Baytouna signifie « notre maison ». Grâce à la location d’un logement situé en banlieue parisienne, 12 femmes en situation de grande précarité peuvent être hébergées et accompagnées vers une réinsertion socio-professionnelle. C’est une nouvelle chance, un nouveau départ qui s’offre à elles après de lourdes épreuves. Pour mieux appréhender ce projet, nous allons faire un petit tour sur le terrain…

Le froid est saisissant en ce moment. Ce n’est pas un temps à traîner dehors. Nous rentrons vite dans notre chez nous, emmitouflé.e.s dans un bon lit douillet. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance. Les personnes sans domicile fixe doivent se contenter d’un bout de carton posé à même le sol, dur, froid et humide. Des personnes qui  ne sont jamais sûres de se réveiller le lendemain. Parmi elles, des femmes.

 

Le collectif des morts de la rue a comptabilisé 497 décès en 2015. Leur espérance de vie est de 48 ans, contre 80 ans lorsqu’on a la chance de vivre dans un logement. Les femmes représentent 38% des SDF. Il existe peu de foyers qui leur sont destinés. Elles sont confrontées au manque de nourriture, de confort et d’hygiène, auquel s’ajoutent certaines problématiques bien féminines. Virginie me pose une question toute simple : « A ton avis, comment font-elles lorsqu’elles ont leurs règles ? » Je suis une femme et pourtant, je n’y avais pas pensé. Il est vrai que les gens ne pensent pas à donner des produits hygiéniques. 

 

Mais être une femme à la rue, c’est aussi être une proie, comme l’explique très bien l’article de Rue89. Elles doivent se protéger des violences, des agressions sexuelles, de leurs voisins ou de personnes un peu trop alcoolisées, pouvant se produire la nuit. Un double risque pour elles.

C’est au travers de ces constats sur le terrain que le projet a pris forme. Virginie nous explique :

Baytouna est le fruit de la réflexion de plusieurs acteurs du milieu associatif (Sanabil, Qassama, Au-delà des maux, Qibla, Muslim help, Abi association) qui se retrouvaient confrontés à la réalité des femmes : précarité, perte ou bannissement du domicile, structure non adaptée ou n’acceptant pas leur pratique religieuse notamment le hijab (sous prétexte de laïcité). »

Une fois entrées dans cette maison, une équipe dévouée les épaule jusqu’à ce qu’elles retrouvent un travail et LEUR propre home sweet home. Enfin un peu de douceur après tant d’épreuves. Virginie dégage et partage une valeur qui n’a pas de prix :

L’amour, c’est mon côté « bisounours » mais je pense sincèrement qu’on peut tout changer avec l’amour et en étant uni.e.s. On est plus forts ensemble.

Et c’est grâce à cette union d’associations qu’elle trouve de l’aide pour payer une petite partie du loyer, fournir des colis alimentaires et faciliter la logistique.

 

Et si j’étais elles…

 

Virginie manque de temps pour gérer son travail, son fils et l’association. Un choix courageux s’impose : sacrifier son propre emploi pour s’occuper à temps plein de ces femmes. Elle en fait sa priorité et tente d’améliorer leur sort par tous les moyens. Mais pourquoi un tel engagement ? « Je pourrais être elles ». Elle se reconnaît dans ces femmes. Nous pourrions toutes être elles…

Peut-être encore plus que pour les hommes, les raisons qui amènent une femme à devoir vivre dans la rue restent difficilement compréhensibles, floues, voire taboues. Et que dire des femmes musulmanes à la rue ? Elle nous explique :

On est confronté à un problème de prise de conscience et d’idées préconçues. En effet, les gens ne s’imaginent pas que des femmes puissent dormir dehors, notamment des musulmanes. Beaucoup de gens gardent une image de l’homme protecteur envers sa femme ou sa famille, donc il est inconcevable pour eux de se dire qu’un homme, musulman de surcroît, puisse mettre sa mère, sa femme ou sa fille dehors. Pourtant, il y en a énormément.

Et puis, parfois, par honte de la situation, certaines de ces femmes n’osent pas parler, n’osent pas prévenir les membres de leurs familles qui pourraient les loger. Virginie et Baytouna sont là pour elles !

Nous leur apportons soutien et amour, écoute et présence, hébergement et aide à la réinsertion socio-professionnelle. Véritable tremplin vers le retour à la “normalité”, bouée de secours avant ou suite à la rue et ses atrocités, nous essayons au quotidien et grâce à vous de protéger et d’aider ces femmes qui n’ont plus rien.

La parole de Sofia, que vous pouvez retrouver sur la page Facebook de l’association, témoigne de cela.

 

Un grand besoin de bénévoles

 
Crédit : Baytouna

Crédit photo : Baytouna

 

Virginie aimerait avoir plus de temps pour rester avec ces femmes mais, actuellement, elle est occupée par les bilans de fin d’année, les recherches de subventions, de partenariats… Elle peut s’appuyer sur un petit réseau de bénévoles pour compléter les actions nécessaires à la bonne marche de l’association : « On a une dizaine de bénévoles, la plupart sont éducatrices ou assistantes sociales. Elles s’occupent d’encadrer les hébergées et de les aider dans leur projet de réinsertion». D’ailleurs, elle lance un appel :

Nous avons besoin de bénévoles issu.e.s du social. On a besoin de dons pour financer le loyer et les charges ou au moins que l’on parle de l’association, en particulier sur les réseaux sociaux (partage de publications, retweets…). Les filles aimeraient qu’on passe plus de temps avec elles. Malheureusement, nous sommes toutes bénévoles. Nos activités professionnelles ne nous laissent pas forcément autant de temps qu’on aimerait pour être à leurs côtés.

Si vous aussi, vous pensez pouvoir apporter quelque chose à cette association et que vous avez du temps, contactez-les pour proposer vos idées ou devenir bénévoles à leurs cotés !

 

Quand l’état d’urgence vient mettre à mal ce beau projet…

 

Comme toute association, celle-ci est confrontée à un manque d’argent… Mais pas que !

On a eu des difficultés, mais Dieu merci, on s’en sort toujours. La première a été de trouver un logement pour pouvoir héberger les femmes. Il est compliqué, quand on est une nouvelle association, de trouver un propriétaire qui accepte de louer son bien. Et puis il y a le coté financier qui est difficile. Tous les mois, c’est la course au loyer.

Être porteur d’un tel projet en étant une organisation musulmane, ce n’est pas qu’une partie de plaisir. Il y a le loyer, certes, et… l’état d’urgence ! Oui, oui, une maison qui loge des femmes peut être une menace à la sécurité nationale ! On aura tout vu ! Le 8 décembre 2015, la maison est perquisitionnée : intérieur cassé, portes défoncées, … Faute de moyens, tous les dégâts n’ont toujours pas pu être réparés, un an après. Virginie, l’optimiste, balaie cela d’un regard. L’essentiel : s’occuper de ces femmes ! Passons…

 

Et nous, que pouvons-nous faire pour elles ?

 

L’argent reste le nerf de la guerre. En septembre, par manque de dons, le paiement du loyer n’était pas assuré. Virginie a fait un appel sur les réseaux sociaux. Les filles de la maison ayant vu le message, elles ont elles-mêmes proposé de financer une partie avec leurs faibles revenus, de vendre des gâteaux, etc… La mobilisation sur les réseaux sociaux a permis de trouver les fonds nécessaires. Pour cette fois… Mais pas d’illusions, l’association a besoin de vos dons ! Elle est depuis peu reconnue d’intérêt général, et les dons sont à présent déductibles des impôts. Alors n’hésitez pas ! Leur rêve est de devenir un jour propriétaire. Peut-être pouvons-nous, à nous tous, les y aider ?

 

Si vous voulez en savoir plus sur Virginie et l’association, n’hésitez pas à aller consulter leur page Facebook ou leur site. Si vous connaissez des femmes seules, à la rue ou risquant de l’être et en situation régulière, la maison a encore des places. Vous pouvez contacter l’association au 06 35 79 05 65.

Virginie conclut sur cette petite touche d’espoir :

Notre bonheur, c’est lorsqu’une fille part de la maison après toutes ces épreuves. On est heureux et ému. Certaines sont restées un mois, d’autres jusqu’à un an. C’est comme si nous laissions partir un enfant à chaque fois.

Aucun être humain ne devrait vivre dans la rue. Aucun.e de nos semblables ne devrait être confronté.e à une telle situation de précarité. En attendant que ce souhait se réalise, souhaitons longue vie à Virginie et à Baytouna !

Que cette main tendue aux femmes à la rue ne se referme jamais…
 
 
Crédit photo image à la une : Teresa Suarez

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