Mon Art et Moi

par | 11 septembre 2018 | Nos Voix

Je m’appelle Margot. 25 ans. Franco-algérienne. Artiste. Musulmane. Et depuis peu, maman.

Et c’est aujourd’hui en souriant que je vous énonce tout cela, car il y a encore quelques mois, il m’aurait été tout-à-fait impossible de me présenter ainsi sans complexe.

J’ai longtemps cherché à m’identifier à quelque chose de précis, mais à chaque fois que je pensais m’épanouir soit en tant que femme, soit en tant qu’artiste, soit en tant que femme racisée musulmane, j’avais la sensation qu’à un moment donné, je devais faire un choix.

Non, je ne pouvais décidément pas être tout cela en même temps.

C’est le fait d’être danseuse et musulmane qui a généré en moi les interrogations les plus profondes, sources d’une véritable quête identitaire. Comment aimer si fort mon art tout en demeurant à l’aise avec ma foi ? Autour de moi, on me laissait souvent entendre que ce n’était pas possible. Ou bien, qu’il faudrait alors que je vive ma foi dans la plus grande discrétion.

Lorsque j’ai voulu porter le foulard, tout s’est trouvé chamboulé : comment pouvais-je continuer de danser ?

J’avais peur. Peur de me sentir jugée, pas et plus à ma place, décalée.

 

Cette contradiction apparente me rendait tellement malheureuse ! Passionnée depuis mon plus jeune âge, la danse a toujours constitué mon meilleur moyen d’expression, une manière de m’épanouir, de me révolter, mais aussi de donner. Danser, c’est ce que j’ai toujours fait, et c’est ce que je sais faire de mieux.

Les mois ont passé…

J’ai peu à peu cessé de participer aux événements auxquels j’avais l’habitude de me produire. J’ai essayé autre chose. C’est d’ailleurs à cette période-là que j’ai rencontré la boxe, qui m’a permis d’évacuer mon profond malaise.

Mais comme rien n’arrive par hasard, je me suis rendue un soir à une performance co-organisée par Lallab, dont je suivais jusqu’alors les activités de loin. L’invitée, l’artiste états-unienne Amira Sackett, parle de sa relation avec la culture hip-hop et l’islam. Quel évènement… et quelle femme ! Des larmes de joie roulent sur mes joues. Les paroles et la vision d’Amira font naître chez moi un bonheur immense.

VOILÀ ! Voilà à qui je m’identifie : une femme, racisée, musulmane et artiste, qui s’accomplit avec tant de confiance en elle.

 

J’ai aujourd’hui une vision de mon art totalement différente de celle que j’avais il y a seulement quelques mois. Cette évolution heureuse doit beaucoup aux longues discussions avec mon partenaire de vie — qui lui aussi est artiste —, mais également à Lallab, qui m’aide à m’assumer au quotidien et à m’épanouir pleinement dans ce que j’aime.

Et puis, j’ai ouvert un nouveau chapitre de ma vie… la maternité. Sensation indescriptible. Vivre pour deux, puis pour trois. Vivre à demi-mesure, puis vivre pleinement. Avoir le cœur chaque jour empli d’amour, et se trouver une nouvelle motivation, inébranlable. Tout est alors remis en question. Et aux côtés de cet amour inconditionnel, de nouvelles craintes se font jour.

J’ai décidé d’en faire une force et un combat.

Le jugement permanent, les expériences terribles vécues dès l’instant où l’on sort de chez nous, sur notre lieu de travail comme partout ailleurs… J’ai décidé de me battre contre ces violences et de les dénoncer, pour que le monde de demain, si Dieu le veut, soit un peu plus paisible pour mon fils. Je veux lui transmettre le savoir comme arme, et l’éduquer à se défendre, lui et ses sœurs.

 

J’aimerais que la société de demain ne stigmatise plus quiconque, j’aimerais que mon fils et ma fille puissent aller à l’école et marcher dans la rue la tête haute, sans peur ni gêne, j’aimerais les accompagner lors de leurs sorties scolaires sans que l’on me dévisage voire que l’on m’interdise de le faire parce que je porte un foulard sur la tête.

J’aimerais apprendre à mes enfants qu’être musulman·e ne constitue pas un handicap, et qu’il faut être fièr·e d’écrire son nom ou de mettre sa photo sur un C.V.

J’aimerais qu’elles et ils se sentent à leur place et qu’on ne les juge pas sur leur couleur de peau.

J’aimerais qu’elles et ils s’accomplissent et réussissent dans un monde sans barrière, qui laisse autant de chances à mon fils Aïssayero Gassama qu’à Charles Edouard.

 

Je tiens à remercier Lallab pour son soutien et sa bienveillance quotidiens, qui me permettent de me construire, de m’assumer et de me donner confiance dans tout ce que j’entreprends. Merci également à mon bras droit, l’amour de ma vie, sans qui je ne serais certainement pas là aujourd’hui. Merci à mes sœurs qui m’encouragent et me motivent  ; vous êtes des femmes tellement fortes et tellement inspirantes. À Ally qui brille dans mon cœur chaque jour que Dieu m’accorde. Et bien sûr, à mon fils qui m’enseigne de grandes choses sur la vie, et m’aide à me connaitre moi-même.

 

Article écrit par Margot à l’occasion du festival féministe Lallab Birthday #2 qui, à l’occasion des deux ans de Lallab, célébrait les héritières le 6 mai dernier, à l’Institut du monde arabe.

Crédit photo image à la une : Magalimei

 

Retrouvez également le témoignage de Dieynaba !

Diffuse la bonne parole

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


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