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[Ateliers d’écriture] Lettre à la petite fille que j’ai été I

Lallab organise en partenariat avec Amy Tounkara, écrivaine et fondatrice de La femme en papier des ateliers d’écriture mensuels exclusivement réservés aux femmes musulmanes.
Il était important pour nous de créer un espace de bienveillance et de libre parole dans ce climat sexiste, raciste et islamophobe généralisée. L’objectif aussi, à travers les écrits que nous publions, est de mettre en évidence d’un côté la singularité de nos parcours de vie, le fait que LA femme musulmane dont on entend tant parler dans les médias n’existe pas; et d’un autre côté l’universalité de nos récits.
Les ateliers d’écriture ont pour but de créer un espace bienveillant afin de rendre l’écriture accessible à toutes et permettre à chacune de reprendre la narration de son histoire.
C’est une occasion à la fois d’écrire, parce que l’écriture est un exutoire, une affirmation de soi et une possibilité de développer sa créativité. Mais aussi une occasion de partager ses expériences, de libérer sa parole sur des discriminations et de rêver ensemble.
Lallab publie les textes des participantes qui le souhaitent.

Thème : Ecris une lettre à la petite fille que tu étais.

Chère Kenza,

À ton âge, tu joues encore les dimanches après-midi dans le jardin, sous le figuier que tu viens de planter avec maman, sous les rayons de ce Soleil de Drancy ou d’Algérie. Les étés sont longs, mais que de beauté lorsque l’on voit de belles lumières rosées. Avec Lounes et maman, tu dois adorer les sorties au parc, ou tu te fais des amis chaque après-midi, les goûters entourés des amies de maman, Khalti Malika, Taous et Rosa…

Ma petite chérie, ma petite Kenza, tu vois ta mère comme une maman ordinaire, une personne comme les autres t’apportant la paix et le bien, mais regardes mieux et regarde-la. Son sourire pour toi, ses yeux verts te surveillant, les gâteaux qu’elle apporte chaque fois, ses msemens, son attey et tant de moments partagés. Profite de chaque moment passé avec elle, respire son parfum et observe la plus longtemps, tu verras que yéma est une reine, et que toi, tu es une princesse. Malgré les épreuves du temps, la pluie qui t’angoisse, l’orage qui te fait peur, les matins nuageux que tu appréhendes, malgré les maladies et tes peurs la nuit, souviens-toi de ces instants, écrit-les et revis-les.

À travers tes grands yeux, tu vois la magie partout, et tu as bien raison. Ramdan est un père qui te porte jusqu’aux étoiles, Lounes est un soldat qui te protège des monstres que tu imagines derrière la porte de ta chambre, et Kamélia, ta meilleure amie, qui fera face au monde pour toi.

Pour toi, le monde est beauté, soleil et voyages. Pour toi, la pensée de tous ceux qui t’entoure est magie et bonté. Alors, comme toi, ils aperçoivent la magie de ces journées avec maman dans le jardin. N’oublie pas que ta vision est différente et émerveillée, que les couleurs que tu vois sont accentuées, que ta perception est occultée, et que ton amour pour ces instants ne sont pas une honte, mais une fierté.

Saches que, peu importe où tu iras, pays ou villes, de Tanger à Barcelone, de Tizi Ouzou à Amsterdam ou de Meknès à Rome, tu y verras ta maman, entendras sa voix, verras les lumières de ses yeux. Ses paroles, ses dou’as et ses blessures. Ces images, ne les enfouient pas, mais apprécie les, garde-les en mémoire tout en marchant dans ces ruelles, puis écris-les et envoie ces mots à maman.

Pour qu’elle voyage comme tu le fais, sourit comme tu souris, et rit comme tu riras. C’est à son tour de découvrir le monde à travers tes yeux.

Je t’aime fort petite fée des djinns.

 

Kenza Amoura

 

 

 

 

Chère petite catastrophe,

Je t’aime. Je t’aime, car tu es entière et rien ne t’arrive sans que toute ton âme ne soit touchée : bonheur ou malheur, tu vis tout à cent à l’heure. Aujourd’hui, tu le vois comme une faiblesse, mais crois moi, c’est ta plus grande force. Pleure, rit, crie, chante, prie. Aie peur, continue d’être maladroite, en bref : vis.

Je t’aime. Je t’aime, car aujourd’hui ce qui me rend la plus heureuse, c’est toi qui me l’as donné : tu m’as donné un rêve, une vie. Tu m’as donnée des passions et des envies.

Tu vas traverser des épreuves que tu n’imaginais même pas. Tu vas souffrir, mais crois moi, tu comprendras ta vraie nature après ça. Dieu va t’éprouver dans ce qui t’es le plus cher. Et c’est à ce moment-là que tu te découvriras. Je ne te demande pas d’être forte ou de passer cette épreuve haut la main. Je te demanderais seulement d’être toi. Que tu y arrives avec les honneurs ou pas, peu importe. Ce qui compte, c’est que tu prennes le temps de te rencontrer, de te découvrir.

Après ces épreuves, et surtout pendant, n’oublies pas Dieu. Reviens à lui. Écoute ton cœur, car lui seul entend les signes du Seigneur, et lui seul peut te les murmurer.
On te voudra du mal. En apprenant à aller vers l’autre, tu apprendras le rejet. En découvrant le monde, tu perdras ton innocence. En grandissant, tu seras animée par des sentiments nouveaux. Et parfois, tu perdras espoir. Ne le perds plus. Garde-le et continues à te battre pour tes idées. Aujourd’hui, j’aimerais avoir ta force et ton courage.

Enfin, je ne te dirais pas ce qui t’arrivera, car la vie est une merveilleuse aventure emplie de surprises. Peu importe ton objectif, rappelle-toi que ta quête, ton chemin, donnera de la valeur et de la saveur à tes victoires.

Contrairement à ce que tu penses, ton prénom ne veut pas dire “sensibilité” mais “sentiments”. Alors sois sensible avec les plus beaux sentiments, sois rudes avec les plus fermes sentiments, et sois vraie, avec tous tes sentiments.

Intimement toi.

Anonyme

 

Crédit photo : Lallab

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