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8 preuves que les arguments contre le voile sont bidons

On connaît la musique en France : la Terre entière est invitée à parler du voile, tout le monde est légitime à s’exprimer sur la question – tout le monde, sauf bien sûr les premières concernées. Pendant qu’un ministre, un pseudo-expert et la boulangère du quartier dissertent – pardon, vomissent leur mépris sur des plateaux télé et radio, c’est l’occasion d’analyser en quoi leurs arguments sont toujours aussi bidons.

 

Je préviens : la liste est LOIN d’être exhaustive.

 

  • Ils·elles invoquent la laïcité à tort et à travers, en lui faisant dire n’importe quoi

 

Franchement, je n’en peux plus d’entendre des irresponsables diffuser leurs conceptions tout simplement erronées de la laïcité. J’aimerais sincèrement savoir qui a lu la loi de 1905 parmi celles et ceux qui prétendent la défendre. Alors pour la énième fois : la laïcité est la neutralité religieuse de l’ETAT, pas des individus. Etre dans un Etat laïque, c’est avoir la garantie que l’Etat ne privilégiera aucune religion par rapport à une autre et qu’il garantira la liberté de culte. Il n’a jamais été question de cantonner la religion à l’espace privé ou d’interdire le port de certains signes religieux, aussi visibles soient-ils. Aristide Briand, à l’origine de la loi, avait d’ailleurs refusé d’interdire le port de vêtements religieux. Donc avant de parler, on se renseigne sur la question et on évite de dire des bêtises, merci.

 

 

  • Lorsque l’argument de la soumission ne fonctionne plus, ils·elles passent à celui de la dangerosité

 

Le bon vieil argumentaire selon lequel les femmes voilées seraient soumises, sous l’emprise de leur père, frère ou mari, fonctionne de moins en moins, car nous prouvons de jour en jour que : 1) c’est, dans la majorité des cas, un choix libre et individuel ; 2) nous sommes tout-à-fait indépendantes.

Qu’à cela ne tienne, les femmes voilées sont maintenant les chevaux de Troie de l’islamisme en France, une preuve de l’infiltration des Frères musulmans, etc. Bref, leur voile est forcément le signe d’un certain projet politique – quand il n’est pas la preuve de leur appartenance à une mouvance sanguinaire qui ne rêve que de faire exploser la moitié des Français·es et de réduire l’autre en esclavage.

Sinon, on peut aussi arrêter les drogues et prendre le voile pour ce qu’il est vraiment : un choix religieux, qui n’a rien à voir avec la politique et qui n’a pas pour but de provoquer. Point. Barre.

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Crédit photo : Alohanews

 

 

  • Ils·elles écoutent et croient tout le monde… sauf les premières concernées

 

Nous avons beau dire et répéter toutes ces choses – que notre voile est choisi et qu’il est une affaire de foi -, rien n’y fait. Il suffit que les guignols qu’on nous présente comme notre soi-disant élite intellectuelle et politique aient décrété que notre voile est un signe de soumission et/ou un signe de dangerosité pour que cela devienne une norme, une pseudo-vérité que l’on n’a même plus besoin de justifier tellement elle irait de soi. Face à ça, le simple fait de faire entendre nos voix est une véritable lutte, acculées comme nous sommes entre le préjugé des femmes soumises dont l’absence de discernement ne permet pas qu’on les prenne au sérieux, et celui des dangereuses islamistes dont les complots secrets n’autorisent pas qu’on les croie.

 

 

  • Ils·elles invoquent le féminisme pour réduire les droits de certaines femmes

 

Par pitié, qu’on laisse le féminisme tranquille et qu’on arrête de l’invoquer là où il n’a absolument rien à voir. Ah, mais j’oubliais : le ministre, l’expert et la boulangère ont décrété que le voile était un signe d’infériorité des femmes musulmanes par rapport à leurs coreligionnaires masculins. Au passage, j’attends toujours qu’on s’émeuve du sort des pauvres hommes sikhs contraints de porter un turban alors que ce n’est pas le cas de leurs femmes. Enfin bref, tant qu’on a décrété que le voile était contraire au féminisme, tout va bien, on peut décider de retirer des droits à ces pécheresses coupables de lèse-féminisme. Pourtant, le féminisme, c’est lutter pour les droits des femmes, c’est cocasse, non ? Allez, on pousse la cocasserie jusqu’à menacer régulièrement, voire retirer leurs droits : avoir un emploi, étudier, se baigner, participer à la vie politique, avoir des fonctions de représentation, etc. Et vive le féminisme, surtout !

 

 

  • Ils·elles disent tout et son contraire et jouent avec les mots

 

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est rarement clair lorsqu’un·e intervenant·e donne son « opinion » sur le voile – dont on se fiche royalement, soit dit en passant. L’idée est d’entretenir un flou artistique dans lequel ils·elles disent généralement que c’est le droit de telle ou telle femme de porter le voile, et enchaînent la minute d’après sur le fait que quand même, elle ne devrait pas le faire, parce que c’est contraire à la laïcité, au féminisme, à la République, au soin des cheveux, ou que sais-je encore. Ou alors, elle pourrait le faire, mais en restant sagement à sa place et en évitant de revendiquer les mêmes droits que le reste de la population. Non mais oh, faudrait pas non plus exagérer !

 

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Crédit photo : Bluntcard

 

 

  • Ils·elles formulent des attentes et des reproches contradictoires

 

De manière générale, ça dérange quand les musulman·e·s ont leurs propres codes ou se regroupent entre eux·elles – on leur reproche d’être communautaristes, de ne pas être intégré·e·s, et tout le tralala. Mais si vous pensez qu’il suffit d’adopter la culture et les codes français pour qu’on vous foute enfin la paix, ha ha, c’est là que vous faites erreur ! Parce qu’en fait, quand les musulman·e·s montrent qu’ils·elles vivent de la même manière que tout le reste du pays, ça dérange aussi. C’est facile, ça fonctionne en 3 étapes : 1) on exige que tu fasses comme tout le monde ; 2) tu fais comme tout le monde, en participant à une émission musicale mainstream, en t’engageant dans un syndicat étudiant, ou tout simplement en aidant l’école de ton enfant, en ayant des loisirs, en travaillant, en faisant des études ; 3) on te reproche de chanter, de militer, d’accompagner des sorties scolaires, d’aller à la mer, de vouloir faire des études ou travailler. En fait, la demande initiale devrait être plus explicite : si tu pouvais éviter d’exister, ça serait pas mal, merci.

 

 

  • Ils·elles prétextent le débat d’idées pour s’en prendre à des femmes

 

Nombreux·ses sont celles et ceux qui justifient leur islamophobie revendiquée par la liberté d’expression, le débat d’idées ou le droit de critiquer une religion. Sauf que l’islamophobie n’est pas une critique de l’islam, mais bien des actes à l’encontre de véritables personnes, en raison de leur appartenance – réelle ou supposée – à l’islam. Débattre d’une idée ou d’une pratique, y compris le port du voile, c’est une chose ; s’acharner sur une femme voilée trop visible à son goût, dénigrer et stigmatiser toute une partie de la population, déblatérer à longueur de journée sur les droits qu’on veut leur retirer, c’en est une autre. Et ça ne relève en aucun cas d’un débat d’idées pour lequel on voudrait nous imposer des conditions inacceptables.

 

 

  • Ils·elles ont des œillères et font preuve d’hypocrisie sur plusieurs sujets

 

Les œillères sont utiles pour plusieurs choses. Elles servent à voir le sexisme, par exemple, uniquement chez les musulman·e·s ou les hommes noirs et arabes, et à fermer les yeux sur celui des autres. Elles servent aussi à défendre une laïcité à géométrie variable, où la présence de la religion ne pose problème que lorsqu’il s’agit de l’islam, mais où elle peut parfaitement s’afficher lorsqu’il s’agit des « racines judéo-chrétiennes » (pour autant que cela veuille dire quelque chose) de la France. Enfin, elles sont utiles pour répéter les attaques sur le sujet du voile, tout en prétendant ne pas faire une fixette dessus. Lorsque certain·e·s argumentent en disant qu’il n’est pas écrit noir sur blanc dans le Coran de porter le voile, par exemple, je me demande toujours pourquoi ils·elles ne se scandalisent pas aussi que nous priions de la manière dont nous le faisons alors que ce n’est pas non plus écrit noir sur blanc dans le Coran, ou que nous jeûnions en dehors du mois de Ramadan alors que ce n’est pas obligatoire. Peut-être à cause d’une légère obsession sur un autre sujet… ?

 

 

Crédit image à la une : Videoblocks

 

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