4 raisons pour lesquelles la loi de 2004 est antiféministe

par | 7 avril 2017 | (Dé)construction

Nous sommes en 1989 quand la première affaire sur le port du foulard à l’école est évoquée dans les médias. S’en suivront de nombreux cas similaires, dont la célèbre affaire « Alma et Lila Lévy » exclues en octobre 2003 du lycée Henri-Wallon à Aubervilliers pour port du voile. Interrogées sur leur refus d’ôter leur foulard à l’école, les deux jeunes filles répondent qu’elles en ont le droit puisque aucune loi ne s’y oppose. Commence alors un grand débat national sur cette question : doit-on interdire le port de signes religieux au sein des établissements scolaires ?

En s’intéressant au contexte dans lequel la Loi n°2004-228 du 15 mars 2004 a été votée, il était surprenant de voir à quel point l’avis des féministes médiatisées de l’époque s’est imposé de façon presque évidente. On lira dans le journal Libération : « Tolérer le foulard islamique […], c’est ouvrir la porte à ceux qui ont décidé, une fois pour toutes et sans discussion, de lui [la femme musulmane] faire plier l’échine […]. En autorisant de facto, le foulard islamique, symbole de la soumission féminine, vous donnez un blanc-seing aux pères et aux frères, c’est-à-dire au patriarcat le plus dur de toute la planète » – signé de Gaye Petek et Alain Seksig [1]. L’idée que le voile oppresse la femme musulmane, et que, de ce fait, il doit être combattu, l’emporte dans le débat et la loi est votée.

Pourtant, cette loi ne s’inscrit en aucun cas dans une dynamique féministe, bien au contraire ! En voici l’explication en quelques points :

 

1) Une loi qui nie la liberté de choix

 

La liberté des femmes à disposer de leurs corps comme elles l’entendent, sans contrainte, a été une des luttes principales des mouvements féministes historiques. Nous partageons ce combat : chacune devrait pouvoir choisir la manière dont elle s’habille et dont elle souhaite se présenter à autrui. Que ce soit un pantalon, une jupe, des cheveux bleus, ou un foulard, porter les vêtements de nos choix, c’est exercer sa liberté, s’affirmer et mettre en avant sa personnalité ; ce qu’on est. Retirer ce droit aux individus, c’est nier leur identité profonde et aller à l’encontre d’un fondement du combat féministe. Aujourd’hui, ce principe ne s’applique plus pour une partie de la population française.

Comment accepter que ce droit soit devenu illégitime pour les femmes musulmanes ?

 

Crédit photo : lappartementliving.com
 

2) Une loi paternaliste

 

Les jeunes filles portant le foulard à l’école ont été toutes représentées de manière unanime comme n’ayant pas le choix. Il fallait alors les sauver de leur père / frère / oncle / boulanger… Toute figure masculine l’entourant, oppressive et obscure. Ces femmes seraient ainsi particulièrement sujettes au sexisme et au patriarcat archaïque et violent de leurs pairs.

La République avait alors pour devoir de les protéger de cette menace en… leur interdisant le prétendu symbole de cette oppression : le foulard. Ainsi, sous un prétexte puant le paternalisme, l’État français a reproduit le schéma qu’il sous-entendait dénoncer. Tout ceci, en ne donnant que très peu la parole aux principales concernées bien sûr.

Quand on souhaite protéger quelqu’un, on a plutôt tendance à l’écouter et trouver des solutions qui ne lui restreignent pas ses libertés, non ? Cette privation de parole et l’invisibilisation de ces femmes est la preuve que cette loi n’était pas faite pour elles, loin de là.

Ce qui est fait pour nous, mais sans nous, est fait contre nous
Nelson Mandela

3) Une loi contre-productive

 

Si tant est que certaines jeunes filles soient bien obligées de porter le foulard, leur restreindre l’accès à l’école n’était pas l’idée la plus brillante du siècle.

En effet, si les seules options données sont : a) la liberté ou b) l’école ; certaines choisiront (ou se feront imposer ;)) d’autres options, comme les cours à domicile par exemple. L’école représentant tout de même un socle commun de connaissances et un lieu de sociabilisation, il est tragique d’imposer de tels obstacles à l’épanouissement scolaire.

 

Crédit photo : Newsnetz

 

4) Une loi aux lourdes conséquences

 

Aujourd’hui, enlever son foulard à l’entrée du collège ou du lycée peut sembler banal pour certain.e.s. Mais quelles sont les conséquences à long terme ? Au-delà de la blessure infligée à ces femmes, c’est l’insertion dans la société française qui devient difficile ensuite. Le voile étant tantôt perçu comme une provocation, tantôt comme un acte de soumission, le rejet se fait ressentir dès l’accès à l’emploi, et même aux loisirs.

Cette Loi est venue légaliser une discrimination absolument scandaleuse, excluant totalement certaines femmes de la société, sous de faux prétextes remplis de racisme, de sexisme et de conformisme.

Bien sûr, nous n’omettons pas l’idée également forte selon laquelle, au nom de la Laïcité – grande valeur salvatrice française – aucun signe religieux « ostentatoire » (nous reviendrons sur cette subtilité juridique) ne devait être présent dans l’enceinte scolaire. En attendant un prochain article sur le sujet, nous vous suggérons de regarder la vidéo de l’association Coexister, qui explique ce qu’est la Laïcité en 3 minutes.

 

 

[1] Delphy Christine, « Anti-sexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme », Nouvelles Questions féministes, n°25, 2006, p59-83

Diffuse la bonne parole

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


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