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Sitt Al Mulk : femme de pouvoir

L’histoire de ce soir est une histoire de pouvoir, une histoire faite de tolérance et de coexistence. Cette histoire, c’est l’histoire d’une femme que rien ne destinait à gouverner, c’est l’histoire d’une fille de calife fatimide que le sort amena à gouverner malgré une politique à l’égard des femmes faites de difficultés.
Sitt al Mulk dont nous allons parler n’était certes pas désignée pour régner mais une fois qu’elle fut nommée, fit bien mieux que ceux l’ayant précédée. L’histoire de Sitt al Mulk, c’est l’histoire d’une femme passionnée, d’une femme convaincue de ses idées qui milita pour les faire accepter.
En route, ensemble marchons sur les pas de la grande Sitt al-Mulk !

 
Si après cette lecture, vous souhaitez en découvrir davantage à son sujet, c’est auprès de la fabuleuse Fatima Mernissi qu’il faudra se tourner. Elle consacre à Sitt al-Mulk un chapitre entier dans son ouvrage Sultanes oubliées. Un récit complet et finement argumenté !
 
C’est en septembre 970 que la princesse Sitt al-Mulk naquit près de Kairouan. Son père était le célèbre prince Nizâr qui deviendra le calife fatimide al-Azîz et sa mère, une chrétienne d’origine byzantine fière de ce qu’elle était et décidée à le rester ; elle était surnommée Sayyida Al Aziziyya.

Les parents de Sitt al-Mulk étaient follement amoureux, si bien que cela fut parfois mal interprété. Sitt al-Mulk quant à elle défendait sa double identité et l’érigea durant sa vie comme un idéal.

Lorsque le calife fatimide quitta Ifriquiya pour s’installer à Al Qâhira, sa famille plia bagage et vint s’installer en Egypte. Sitt al Mulk avait alors 3 ans. Deux années plus tard, son père fut nommé calife. Il fit construire pour sa famille, et plus spécifiquement pour sa fille, un palais en bord de mer. C’est ainsi que Sitt al Mulk passa une enfance heureuse dans l’un des plus beaux palais d’Orient, le Palais de la Mer.

Alors qu’elle entamait sa quinzième année, son demi-frère al-Mansûr, qui deviendra par la suite le futur calife al-Hâkim naquit, en 985. La relation avec son demi-frère rendit la cohabitation quelque peu compliquée. Cela devint encore plus difficile lorsque Sitt al-Mulk perdit sa mère en 995.

Sitt grandissait et s’approchait de l’adolescence, elle devenait une femme, une femme d’une grande beauté et d’une intelligence hautement développée. Adulée par son père, les rôles qui lui furent confiés dépassèrent son rôle de princesse fatimide. Il la fit entrer dans le cercle politique du palais, jusqu’à ce qu’elle puisse avoir une influence sur les décisions et actions. Conscient de ses capacités, très tôt son père l’associa au pouvoir en lui demandant son opinion et en l’encourageant à l’exprimer.

Au sein de la cour, Sitt était très appréciée. Elle reflétait le luxe et l’influence des années de gloire du califat. Elle était toujours parfumée, ornée de bijoux et apprêtée des plus belles tuniques. Sous le règne de son père, elle contribua notamment à ce que les non musulman.e.s, chrétien.ne.s et juif.ve.s puissent bénéficier de privilèges qu’ils n’eurent jamais auparavant. De son père, elle hérita de qualités en matière d’ouverture et de tolérance.

Le 13 octobre 996, son père mourut subitement. Sitt était alors âgée de 26 ans.

Bardjawân, l’eunuque du palais, fit alors proclamer calife le jeune prince al-Mansûr, demi-frère de Sitt al-Mulk, qui n’avait que onze ans. Le jeune calife Al Hakim fut donc sous la tutelle des puissants de la cour fatimide. Il prit officiellement le pouvoir en l’an 1000. Personne ne s’était douté que la folie et la peur s’abattrait sur la ville lors de son règne. Il terrorisa le Caire par ses excès et sa sœur par sa jalousie débordante.

En 1009, al-Hakim ordonna la destruction de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem et imposa des restrictions au comportement des juif.ve.s et des chrétien.nes, détruisant leurs églises et leurs monastères. L’entêtement et le comportement de son demi-frère Al-Hakim contribua à la dégradation des rapports que tous deux entretenaient. Sitt fit alors le choix de s’éloigner et quitta le palais royal pour s’installer dans l’une de ses nombreuses propriétés.

En 1021, Al-Hakim disparut lors d’une de ses promenades nocturnes habituelles dans la ville. Après quarante jours de disparition, il fut déclaré mort. Après la mort d’Al-Hakim, son fils, âgé de 16 ans, al-Zahir fut déclaré calife. Al-Zahir avait grandi et avait été éduquée auprès de sa tante Sitt Al Mulk en raison des violences physiques que son père lui infligeait à lui et sa mère. Il la choisit dont comme régente pour l’accompagner durant les premières années de son règne. Malgré les soupçons qui pesaient sur elle et en raison de sa popularité, Sitt pu occuper le poste de régente de l’empire. Très vite, elle reprit les choses en main et tâcha de se démarquer de la politique menée jusqu’alors par Al-Hakim.

Ainsi dès sa première année de régence, elle encouragea la reconstruction d’églises à Alexandrie que son demi-frère avait ordonné de détruire. Elle rétablit également le système de taxation commerciale qu’il avait aboli et permit de nouveau aux femmes de sortir de chez elles à leur guise, les autorisant notamment à porter à nouveau des bijoux. Elle inversa les interdictions au sujet des pratiques musicales et des cultes chrétien et juif.

Parmi l’une de ses entreprises politiques les plus importantes, elle tenta de réduire les tensions entre les empires fatimides et byzantins en essayant de trouver une solution au territoire litigieux d’Alep.

Le traitement plus équitable des habitants, sa politique de tolérance, d’ouverture ainsi que la rénovation des infrastructures firent d’elle une princesse très appréciée et très populaire.

Mais alors que les décisions qu’elle prenait laissaient espérer un rapprochement entre les différentes puissances impériales, Sitt al Mulk mourut après seulement deux ans de service en tant que régente.
 
Bien que Sitt n’ait jamais été officiellement érigée en calife, – il s’agissait d’un titre réservé aux homme sous le califat fatimide – Sitt al-Mulk dirigea dans les faits l’un des empires les plus importants du Moyen Âge. La paix qu’elle instaura, et l’héritage qu’elle laissa dépassèrent de loin la période de son bref règne.

Ses profondes convictions accompagnées d’un leadership naturel firent d’elle une princesse appréciée et respectée dans l’ensemble de l’Egypte. Femme de terrain, elle sut montrer son efficacité et faire oublier durant un temps les interdits politiques de gouvernance intrinsèquement liés au genre.
 
 
Crédit image à la une : Charlotte. Charlotte est une illustratrice passionnée de dessin et notamment par l’univers de la mode. Je vous laisse découvrir son univers :
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