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Non-musulmane, pourquoi je suis engagée chez Lallab

Chez Lallab, nous parlons souvent de nos allié·e·s : ce sont les personnes qui ne sont pas musulmanes et qui s’engagent à nos côtés pour construire une société plus juste et plus inclusive, notamment vis-à-vis des femmes musulmanes. Qu’est-ce qui les amène à devenir bénévoles chez Lallab ? Réponse avec Marina et Sophie.

 

Marina : « Si mon féminisme n’est pas pour toutes les femmes, alors il ne sert à rien. »

 
Je ne suis pas musulmane, mais je suis profondément féministe. Le but du féminisme est pour moi qu’absolument chaque femme puisse faire ses choix de vie – professionnels, familiaux, et tout le reste – sans avoir peur d’être jugée, discriminée ou violentée. Or, dans la société française d’aujourd’hui, cela est plus simple à réaliser pour certaines femmes que pour d’autres.
 
Je suis une jeune femme blanche, issue d’une famille chrétienne de classe moyenne, j’ai eu accès à une très bonne éducation, j’ai un physique qui correspond aux standards de beauté actuels et j’ai choisi de m’investir dans un domaine professionnel typiquement féminin.
 
Je fais donc partie des femmes les plus privilégiés et de celles qui dérangent le moins. En général, on me respecte, on m’écoute, les gens sont plutôt d’accord avec ma façon de vivre ma vie (les gens ont toujours une opinion, voyons). J’ai, de ma vie entière, seulement fait face à un type de discrimination : le sexisme. En cela, mon expérience de vie diffère énormément des femmes qui font face à d’autres discriminations en plus : le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, la grossophobie, la lesbophobie, la transphobie, des discriminations du fait de leur handicap, de leur classe sociale, et malheureusement encore plus.
 
C’est pour décrire ce croisement de discriminations que Kimberlé Crenshaw, une juriste américaine, a créé la notion d’intersectionnalité. Le féminisme intersectionnel désigne un type de féminisme qui prend en compte les différents types de discriminations et leurs croisements, et qui exige qu’ils soient pris en compte dans la lutte féministe. Car ce n’est pas tout de viser l’égalité femmes – hommes : il faut également l’égalité femmes – femmes.
 
Je pense sincèrement et de tout mon cœur que si mon féminisme n’est pas pour toutes les femmes – s’il n’est pas intersectionnel – alors il ne sert à rien.
 

Rachel Cargle (à droite) et son amie à la Women’s March de Washington, en 2017. / Crédit : Kennedy Carroll
« Protégez les FEMMES : noires, asiatiques, musulmanes, latina, en situation de handicap, trans, grosses, pauvres. Si vous ne vous battez pas pour toutes les femmes, vous ne vous battez pour aucune femme. »

 
 
Quand des femmes qui font face à plusieurs discriminations me racontent ce qu’elles affrontent au quotidien, j’hallucine. Elles me font part de propos d’une violence inouïe et d’une ignorance absolue, de propos que je pensais impossibles en – quand même – 2018, les gars. Je suis profondément révoltée qu’elles aient à vivre cela, et incroyablement admirative qu’elles continuent à se battre pour leurs choix de vie.
 
J’ai découvert Lallab à travers une sociologue dont je suis les travaux, et j’ai tout de suite été admirative du travail merveilleux qu’elles font. Leur approche intersectionnelle de l’anti-racisme et du féminisme, leur principe de parole aux concernées pour qu’elles soient les créatrices de leurs récits, les valeurs de respect et de bienveillance qui sont fondamentales m’inspirent énormément de respect et m’ont instantanément donné envie de les rejoindre et de les soutenir dans leur lutte.
 
 

Sophie : « J’ai fini par comprendre que droits des femmes et religion n’étaient pas incompatibles. »

 
Être alliée chez Lallab, c’est donner du sens à un long voyage, personnel, sensible et politique.
 
Ce voyage, il commence en 2010. Le lycée fût une belle période de questionnements sur les rapports de genre. Les enjeux de domination et d’emprise font partie du lot des premières relations amoureuses. La honte et le secret accompagnent les premières attirances homosexuelles. Le plaisir et le consentement sont, eux, les grands absents. Dans un premier cours sur le sujet dans mon cursus d’étudiante en sciences politiques, j’ai eu la chance de mettre des mots sur ces expériences. Puis, j’ai surtout eu la chance de partir étudier à Montréal, au Canada.
 
Tout n’est pas parfait outre-Atlantique pour les femmes et les minorités sexuelles ou raciales. Mais contrairement à la France, leur existence même n’est pas un tabou. Personne ne se questionne sur la possibilité d’Être de ces minorités. Cela laisse un espace de réflexion pour penser les discriminations de genre, de race et de religion, et leurs solutions. Là-bas, j’ai pu me questionner à nouveau. A l’Université de Montréal, une professeure a organisé une rencontre avec un imam dans une mosquée. Une amie m’a montré des youtubeuses féministes, catholiques et lesbiennes qui tentent d’apporter un soutien aux jeunes de leur communauté. Une jeune Française de mon âge, musulmane, m’a expliqué pourquoi elle avait décidé de partir à Montréal pour continuer ses études. Elle en avait « marre de cette ambiance en France, d’entendre tous les jours des préjugés sur [s]a religion et donc sur une part de [s]on identité ».
 
J’ai alors pris conscience que mes réflexions – toutes féministes furent-elles – étaient très centrées sur moi-même et sur qui j’étais. Où j’ai grandi, l’athéisme se confond parfois avec l’anti-religiosité et le bonheur de l’entre soi avec la peur des autres. J’avais moi-même des ressentiments envers la religion que j’avais perçue, et abusivement généralisée, comme une menace pour les droits LGBTQA+ après avoir pris connaissance de la composition sociale de la Manif pour tous. Plongée dans la pluralité montréalaise, j’ai fini par comprendre que droits des femmes et religion n’étaient pas incompatibles. J’ai fini par comprendre que lutter pour les droits des minorités sexuelles et ne pas reconnaître les discriminations subies par les minorités religieuses et raciales était incohérent. Je ne pouvais pas me prononcer pour la liberté et l’égalité des femmes, en France ou au Canada, sans me prononcer pour la liberté des femmes qui choisissent de porter le voile.
 

Crédit : @Pollynor
 

Je suis rentrée en France et ça n’a pas été facile. Le sexisme, le racisme et l’homophobie m’ont mis une belle claque. Revenir en France donne l’impression de retourner en arrière. Certain·e·s argumenteront qu’il faut garder la « spécificité française » et laisser les études de genre et les études raciales dans les pays anglo-saxons. Je réponds qu’il faut avancer, progresser et s’inspirer. J’ai cherché à m’engager et j’ai découvert une France mobilisée. Le monde associatif regorge d’initiatives porteuses de sens et d’espoir. Parmi elles, j’ai trouvé Lallab. J’ai tout de suite pensé que cette association, en France, est révolutionnaire. Les Lallas se battent pour leurs droits mais elles ont aussi la force de faire passer un message pour toutes et tous : la pluralité et le respect sont des valeurs fondamentales pour la vitalité de la société. Je suis rassurée que cette association existe, et que malgré toutes les embûches, elle continue à évoluer et à s’affirmer. Aujourd’hui, en 2018, je pense sincèrement que la France a besoin de Lallab.
 
Être une alliée, c’est donc leur donner ma voix pour porter ce message. C’est leur offrir mon soutien pour qu’elles continuent à prendre la parole sur leurs histoires et qu’elles parviennent à donner à leurs récits toute la place qu’ils méritent. C’est pour qu’en France aussi, elles et d’autres puissent exister comme elles et ils sont, entièrement, et sans se casser, se cacher, se renier. Enfin, être alliée, c’est continuer le voyage entrepris en écoutant. Je peux parler de moi-même dans d’autres lieux mais à Lallab, je parle avec elles et je parle d’elles. Et je sais qu’il n’y a pas besoin d’être musulmane pour que leur combat résonne en soi.
 
 

Crédit image à la une : Elodie Sempere pour Lallab

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