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4 raisons d’arrêter d’appeler « Mahomet » le prophète de l’islam

 

Cher·e·s allié·e·s non-musulman·e·s, vous ne l’avez peut-être jamais remarqué, mais aucun·e musulman·e n’appelle son Prophète « Mahomet ». Jamais. Nous l’appelons Mohammed ou Muhammad, et voici plusieurs raisons pour lesquelles il serait sympathique que vous en fassiez autant.

 

 

1) « Mahomet » a une signification péjorative

 

En arabe, « Muhammad » signifie « le digne de louange », « le béni ». D’ailleurs, lorsque les musulman·e·s disent son nom, ils invoquent « la paix et la bénédiction de Dieu sur lui ». Vous les entendrez murmurer « sallAllahou alayhi wa salam », et vous les verrez écrire « sws » ou « pbsl », l'abréviation des formules que nous venons de citer.

 

Mais qu’en est-il de l'origine du terme « Mahomet » ? Cela viendrait de « ma houmid » et signifierait l’inverse de « Muhammad » : l’indigne de louange, le non-loué, voire l’exécré.

Vous comprendrez donc notre attachement à son véritable nom, et cela devrait d’ailleurs suffire à faire abandonner cette appellation à toute personne qui souhaite l'évoquer en montrant son respect. Il existe des divergences concernant cette origine péjorative du terme « Mahomet », mais ce n'est de toute façon pas la seule raison...

 

 

2) Ce n’est pas son nom et j’aimerais bien qu’on nous laisse le définir

 

C’est la raison la plus simple : il s’appelle Mohammed / Muhammad, et j’ai du mal à comprendre pourquoi on s’entête à l’appeler autrement. La persistance à employer le nom « Mahomet » plutôt que « Muhammad » peut être perçue, au-delà d’un manque de respect lié à l’étymologie, comme une forme de paternalisme à l’égard des musulman·e·s. Pourquoi vouloir décider à notre place du nom de notre propre Prophète ? A mes yeux, cela fait écho à cette tendance que certain·e·s ont à vouloir définir l’islam « de l’extérieur », à la place des musulman·e·s. Certes, la majorité des personnes qui emploient le nom « Mahomet » ne sont pas mal intentionnées et ignorent tout simplement la portée de ces mots. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, preuve en est que notre souhait que soit employé le nom « Muhammad » incite rarement chacun·e à revoir son vocabulaire.

 

Calligraphie « Muhammad, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui » - Crédit : Omar Alrawi

 

3) Les autres langues y arrivent, pourquoi pas le français ?

 

Je sais qu’on aime bien entretenir notre « exception culturelle française », mais les autres langues ne se portent pas plus mal d’avoir intégré le nom « Muhammad » à leur vocabulaire. Je suis loin de connaître l’appellation du Prophète dans beaucoup de langues, mais je n’ai jamais eu connaissance d'une autre que le français qui aurait transformé son nom – surtout avec une origine aussi douteuse.

 

4) Adopter le même vocabulaire nous relie

 

Faites le test : employez le nom « Muhammad » lorsque vous parlez avec des musulman·e·s, et vous verrez qu’instantanément, ils ou elles apprécieront l'emploi du terme adéquat pour parler de leur Prophète. Tout simplement parce que cela implique que vous avez certaines connaissances, et un respect pour le nom qui l'honore au lieu de le rabaisser.

Beaucoup de personnes l’ignorent, mais l’islam reconnaît les prophètes du judaïsme et du christianisme. Le Coran ayant été révélé en langue arabe, les prophètes y sont nommés par leur nom arabe : Yahya est Jean-Baptiste, Moussa est Moïse, Youssouf est Joseph, Younous est Jonas, etc. Pourtant, lorsque je parle avec des ami·e·s chrétien·ne·s, je dis « Jésus » et « Marie, » et non pas « Issa » et « Maryam ». Non pas que cela serait une mauvaise chose de le faire, mais c’est une habitude ancrée, un moyen de montrer que nous parlons des mêmes choses, que nous sommes sur un terrain commun.

Dire « Muhammad » au lieu de « Mahomet » vous placera donc sur un terrain commun avec vos interlocuteurs·trices musulman·e·s, et surtout montrera votre respect pour les normes qu’ils·elles ont définies pour leur religion, et pour la personne de Muhammad, que vous le considériez ou non comme un prophète. N’ayez pas peur de votre prononciation : vous nous ferez bien plus plaisir avec un « Muhammad » prononcé maladroitement, qu’avec un « Mahomet » prononcé avec assurance !

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