Sortie LIVRE : A quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes n’avaient pas été oubliées ? de Attika Trabelsi

par | 26 avril 2021 | (Dé)construction

Dans le cadre de la sortie tant attendue du livre « A quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes n’avaient pas été oubliées ? » de Attika Trabelsi, notre co-fondatrice ainsi que fondatrice de la nouvelle maison d’éditions FemmeusesLe livre est préfacé par la grande Malika Hamidi et illustré par l’incroyable Samah Arnouni.
Retrouvez son interview.

 

Q : Comment te présenterais-tu à nos lectrices et lecteurs ? 

Je suis Attika Trabelsi, j’ai 28 ans, je suis fondatrice de Power Our stories devenue Femmeuses, et co-fondatrice de l’association Lallab aux côtés de Sarah Zouak et Justine Devillaine. J’ai des identités plurielles. Je suis à la fois une femme franco-musulmane, une femme magrébine et féministe, car ça fait partie importante de ma réflexion. 

 

Q : Et tu es maintenant autrice ! 

Oui ! 

 

Q : Je crois que l’histoire de ton livre commence par la publication d’histoires de femmes musulmanes sur la page Facebook Power Our Stories. Comment t’est venue l’idée de ses portraits ? 

Très sincèrement, j’ai grandi dans un contexte où l’islam était central, mon papa est imam, l’islam était au cœur de mon éducation. J’ai énormément questionné ma spiritualité au cours de ces dernières années. J’essayais de savoir si mes croyances étaient le résultat de mon éducation. Plus je m’engageais dans le féminisme et dans la société civile, et plus cela a été un besoin de me poser des questions féministes et religieuses. J’avais la certitude également que je ne trouverai pas mes réponses en passant par la théologie.

Il m’est souvent arrivé d’invoquer, au sein de ma famille, Khadija, quand on a pu vouloir m’imposer des injonctions sexistes, qui sont sujettes à interprétation. Et Khadija m’a ainsi beaucoup aidé, pour toutes les questions de leadership ou d’entreprenariat. Ma réflexion est partie de là. Je me suis demandée s’il existait d’autres femmes, dans d’autres domaines comme les arts ou les sciences, qui pourraient m’aider, m’inspirer autant que Khadija l’avait fait. Ainsi, au début c’était une quête personnelle, et celle-ci m’a permis d’être apaisée. 

 

Q : Et là, tu publies un ouvrage avec 15 portraits ! Quel chemin parcouru ! Écrire un livre, peux-tu nous parler un peu de cette aventure ? 

C’était une réelle aventure pour moi car j’ai eu du mal à allier sereinement mon regard féministe et le message de l’islam tel qu’on pouvait me l’avoir appris. Que ce soit pour la publication des portraits sur Facebook ou pour mon livre, j’ai deux objectifs. 

Le premier est de créer un contre argumentaire face à des dérives cultuelles et culturelles présentes dans notre société. J’aimerais que ma fille, et les générations à venir, n’aient plus à subir ces dérives. Pour moi, il s’agit d’une réelle résistance à mettre en place, avec des outils, pour faire face à ces dérives qui nous peinent.

Le deuxième objectif était d’apporter des rôles modèles. En effet, c’est un message militant, libérateur, émancipateur et qui se veut inspirant à travers ce livre. La lutte, c’est bien, mais ça peut être épuisant. Ce livre se veut comme une inspiration pour ces femmes qui ont envie de s’inspirer. 

 

Q : L’annonce de la sortie de ton livre est allée de pair avec l’annonce de la création de ta propre maison d’édition, Femmeuses. Peux-tu nous en dire plus ? 

Dans le contexte sanitaire, cela a été dur de trouver une maison d’édition. Or dans la continuité de Lallab, je me suis dit que finalement, j’avais besoin d’une  maison d’édition, alors pourquoi pas en créer une ! La réappropriation de nos récits passe par la création d’outils et Dieu seul sait, peut-être que Femmeuses aura une autre utilité que la publication de ce livre, à l’avenir ! 

 

Q : Ton ouvrage s’intitule « A quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes n’avaient pas été oubliées ?» Le titre de ton ouvrage interpelle ! Pour toi ces femmes ont été oubliées par l’histoire, par les musulmans c’est bien ça ? 

 

On peut classer les femmes dont je parle en trois catégories.  

Certaines femmes n’ont pas été oubliées mais leur histoire a été minimisée. Par exemple, pour Khadija, on parle très peu du fait qu’elle ait eu des enfants avant le Prophète (PSL) ou encore qu’elle ait été divorcée. Ses femmes sont réduites à des rôles de procuration : épouse de, fille de..

D’autres femmes sont totalement oubliées. Par exemple, c’est le cas de Arib.

Enfin, les dernières ont été discréditées. C’est le cas de Oum Waraqa. C’est la première femme qui a eu le statut d’imam. Les commentateurs vont tous aller dans le sens que le Prophète (PSL) l’a autorisée à prier comme imam chez elle uniquement. Moi, je me suis demandée, mais pourquoi alors Oum Waraqa aurait eu besoin d’un muezzin s’il s’agit uniquement de prier dans une maison ? Ainsi, selon moi, Oum Waraqa a pu diriger la prière dans el « dar », au sens de quartier, et non de maison. 

 

Q : Peux-tu nous en dire plus sur ces 15 portraits ? 

Le livre comprend 5 chapitres, dont chapitre évoque 3 femmes : 

  • Les pionnières : elles ont ouvert la voie 
  • Les conquérantes : elles ont joué un rôle sur un le volet militaire 
  • Les cheffes politiques 
  • Les artistes 
  • Les scientifiques 

J’ai choisi un argumentaire varié pour que mon livre serve à toutes les femmes. De plus, il y a une pluralité, qui reste relative parmi les portraits que j’ai choisi. En effet, vu que j’ai choisi de me focaliser sur les premiers temps de l’islam dans cet ouvrage, il n’y a donc pas de femme issue de l’Afrique subsaharienne.  

 

Q : Comment as-tu fait pour trouver des sources sur ces femmes ? 

Je ne maîtrise malheureusement pas assez l’arabe pour pouvoir chercher parmi ces sources-là. Parmi les sources en français, ça a été une catastrophe, je me suis donc tournée vers des sources anglophones. J’ai trouvé des sources pertinentes dans des livres trouvés sur des sites universitaires équivalents à Cairn . Je me suis également intéressée à l’ouvrage Sultanes oubliées : femmes chefs d’État en Islam, de Fatima Mernissi. Malgré mes recherches, certaines biographies reposent sur peu de sources, mais j’ai choisi de les présenter tout de même pour ouvrir la voie. 

 

Q : A qui recommandes-tu ton livre ? 

J’ai envie de dire que je le recommande aux femmes musulmanes, ce sont les premières concernées, car c’est en reprenant en main leurs corpus que les femmes musulmanes sauront faire face aux discriminations auxquelles elles font face et aux difficultés connues au sein de leur propre communauté. Il s’agit de redevenir leader au sein de nos communautés comme l’ont été les femmes avant nous. Le premier travail est un travail de leadership, de création, de réappropriation de la narration. Il s’agit d’avoir les moyens pour lutter.

 

NB : Le livre  « A quoi ressemblerait l’islam si toutes ces femmes n’avaient pas été oubliées ?» est en précommande en ce moment et sera livré, chez vous, à partir de début juin. 

 

 

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