Le voyage, une quête identitaire et spirituelle

par | 6 avril 2018 | Nos Voix

 

Notre désir de voyager suscite parfois de nombreuses interrogations : «  Voyager, mais pourquoi ? ». C’est la question que me pose généralement ma mère lorsque je lui annonce mon projet de vacances et mon départ imminent.

 

Cette question me contraint à rendre des comptes. Elle me paraît tellement étrange que je ne sais quoi répondre. Elle me trouble et me fatigue à la fois. Pour d’autres, mes ami·e·s en l’occurrence, cette question laisse transparaître une once d’inquiétude, accrue cette fois-ci en raison de mon désir de voyager seule pour la première fois. Cette décision était mûrement réfléchie, car les voyages ont la particularité de nous faire apprécier ou au contraire rejeter certaines choses.

Le rejet d’un·e compagne·on de route en raison d’une conception du voyage incompatible avec la tienne. Le rejet d’une forme de discrimination en raison de ta couleur de peau. De manière (in)consciente, je choisis donc de partir seule, à l’aventure, dans deux pays qui constitueront mes destinations principales et dans lesquelles je ne craindrai pas d’être discriminée : le Sénégal et le Mali.

Influencée par l’exposition « Trésors de l’islam en Afrique » à l’Institut du Monde Arabe, faisant entre autres un tour d’horizon des plus belles mosquées africaines, je décide que la ligne directrice de mon voyage sera celle-ci. Au Maroc, avec la mosquée Hassan II ; au Sénégal, avec la mosquée de Touba ; au Mali, avec la mosquée de Djenné. Malgré la visée spirituelle de ce voyage, il semblerait que celle-ci ne suffise pas à convaincre mon entourage.

 

Mosquée Hassan II à Casablanca (Maroc) / Crédit : Dieynaba

 

L’incompréhension ressentie dans notre cercle familial ne relève pas uniquement d’un conflit de générations, mais également d’un conflit culturel et religieux. Un certain nombre d’années nous sépare de nos parents. Mais dans certaines cellules familiales, s’ajoute aussi la question de la culture, du religieux, interférant alors dans nos aspirations personnelles. Sans chercher à s’en soustraire, ces questions impliquent une réflexion, une remise en question.

La réelle nécessité de voyager me paraît pour ma part évidente. Le voyage tel que je l’ai pensé s’inscrit dans une démarche personnelle, au croisement d’identités qui peuvent être plurielles : africaine, danseuse, féministe, musulmane.

 

L’Ecole des Sables, fondée par Germaine Acogny, à Toubab Dialaw (Sénégal) / Crédit : Dieynaba

 

Des identités que tu questionnes, que tu renforces au fil des rencontres, des échanges, des sorties qui composeront ton voyage. Lors d’une de ces rencontres, nous avons brièvement échangé au sujet du voyage et de sa dimension culturelle : « Ce n’est pas culturel, chez nous, de voyager », me dit Khadija, une Sénégalaise qui ajoute n’avoir jamais quitté son pays natal. La mosquée de la Divinité à Dakar sera notre point de séparation, symbolisant la dimension spirituelle de ce voyage qui n’est pas sans provoquer une remise en question.

 

Mosquée de la Divinité à Dakar ( Sénégal) / Crédit : Dieynaba

 

Certain·e·s invoqueront la religion musulmane pour affirmer qu’une femme seule n’est autorisée à voyager que si elle est accompagnée d’un mahram, un homme qu’elle ne pourra jamais épouser en raison des liens de sang et de lait, ou bien à qui elle est déjà mariée. A partir de cette affirmation – texte à l’appui ou non – s’opère alors une remise en question. Mon projet de partir seule en voyage est-il vraiment acceptable si la religion ne le tolère pas ? Lever une interdiction dans la religion ne pourrait-elle pas me causer bon nombre de problèmes, tracas, soucis au cours de mon périple ? Pourtant, un voyage dont la visée est spirituelle ne pourrait-il être que béni par Dieu ?

Dans ce contexte, entre le poids des traditions culturelles et religieuses, il n’est pas facile de voyager sereinement. On essaie d’occulter ces questions, jusqu’à ce qu’elles ressurgissent lors de la préparation d’un prochain voyage, car évoquées par des membres de notre entourage familial et amical.

Et si ces personnes, bien qu’elles soient animées par des intentions sincères à notre égard, se taisaient ? Ne nous pensent-elles pas capables de faire nos propres choix en prenant en considération notre culture, notre religion ? Savent-elles ce qui nous anime réellement dans le fait de voyager ?

Mon intention n’est nullement ostentatoire. Ma démarche se veut sincère, personnelle, dans une logique de partage et d’échanges d’expériences.

Ces expériences de voyages relatées par des femmes de tous horizons sur les réseaux sociaux forgent le caractère, l’esprit, l’envie de franchir ce cap : celui de partir seule. A travers ces voyages et ces discussions entre femmes, c’est la construction de notre identité singulière dont il est question.

Une autre femme se construit, désireuse de liberté, d’indépendance, d’égalité… Un ailleurs devient possible :

Là-bas, où ton identité religieuse ne fera pas autant débat

Là-bas, où la vie semble plus paisible

Là-bas, loin des tiens, où tes décisions ne soulèveront aucune interrogation

Là-bas, où un sens plus profond guidera chacune de tes actions

 

On ne ressort pas indemne de ces voyages qui nous permettent d’apprécier ces moments rares de solitude, de quiétude, de nous ressourcer pour mieux nous retrouver, et ainsi déterminer la nouvelle orientation que nous souhaitons donner à notre vie, très éloignée de celle que nous menons.

En quête…

D’authenticité,

De simplicité,

De spiritualité.

 

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