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Top 10 des phrases les plus entendues pendant Ramadan

Les mois de Ramadan se suivent et ne se ressemblent pas… Enfin, sauf sur certains points. J’ai parfois l’impression que mes échanges avec les autres suivent un scénario bien précis, avec des dialogues pour le moins… redondants. Petit tour d’horizon des phrases que nous, musulman·e·s, entendons chaque année, pour le bonheur de notre patience que ce mois spécial est justement censé renforcer.

 

1) Ohlala, je sais pas comment tu fais, moi je pourrais pas…

 

Hum, comment tu sais alors que tu n’as jamais essayé ?
Moi-même, je pourrais me dire que c’est impossible, étant donné que le reste de l’année, mon ventre gargouille à peu près 37 minutes après être sortie de table. Mais comme on dit, la foi soulève des montagnes : pendant Ramadan, la volonté me permet de me dépasser, d’aller au-delà de ce que je croyais être mes limites… et c’est justement ça que je recherche. Pour obtenir des résultats différents, il faut agir différemment. Donc pour récolter des fruits spirituels savoureux, j’estime nécessaire que Ramadan soit un mois différent des autres, qui me fasse sortir de ma zone de confort et me fasse expérimenter de nouvelles choses.

 

2) Et si tu es sur le point de faire un malaise, tu peux manger ou pas ?

 

Ben on vient de dire qu’on voulait expérimenter des choses nouvelles, non ?
Plus sérieusement, le jeûne ne doit pas être une menace pour la santé, donc on peut évidemment le rompre en cas de nécessité. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines catégories de personnes (malades, âgées, enceintes, en voyage…) ont l’autorisation de ne pas jeûner. Si elles peuvent le faire à une autre période de l’année, elles rattrapent le nombre de jours manqués avant le prochain Ramadan ; si elles ne peuvent pas du tout jeûner, elles nourrissent des pauvres en compensation.

 

3) Mais t’as le droit de boire, quand même ?

 

Hé bien non. Pas le droit de manger, de boire, d’avoir des relations sexuelles, de s’énerver, d’être médisant·e, de faire du mal par ses gestes ou ses paroles, d’entretenir des mauvaises pensées… Donc je peux te dire que le plus dur, dans tout ça, ce n’est pas de ne pas boire.

 

Qu’est-ce que les musulman·e·s ne peuvent pas faire pendant Ramadan : A) boire de l’eau ; B) ne pas boire de l’eau ; C) manger de l’eau ; D) pas même de l’eau ?

Source : hilarioushijab

 

4) Pas le droit de boire ? Mais c’est CRUEL !

 

C’est marrant comme certaines pratiques ont une image complètement différente selon le culte auquel elles se rapportent. Si ce sont des bouddhistes qui jeûnent, c’est beau, ça leur permet de purifier leur corps, de s’élever spirituellement, d’apprendre la maîtrise de soi, de se détacher des désirs physiques… On s’émerveille de certains sages qui jeûnent pendant des jours et des jours. Mais si c’est l’islam qui le demande, alors c’est barbare et cruel.

Tu veux que je te dise ce que je trouve cruel ? C’est qu’il y a un milliard d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau potable DU TOUT, mais que ce qui te préoccupe le plus, c’est le fait que je ne puisse pas boire pendant quelques heures. Je pense qu’on pourrait réfléchir ensemble à une meilleure répartition de ton énergie et de ton attention.

 

5) Mais t’as pas soif ?

 

Non, parce que tu vois ma bosse, là, sur le dos ? C’est une réserve qui fond avec la chaleur et hydrate mon corps en continu, ce qui me permet de ne pas boire et de ne pas ressentir la soif pendant 36 heures consécutives.
Sinon, en vrai, il fait 32° et je ne suis pas un chameau (bien que mon haleine puisse laisser penser le contraire), donc oui, j’ai soif. C’est ça le principe : expérimenter la faim et la soif. Donc pour ça, on ne mange pas, et on ne boit pas. Même si on a faim et soif. Voilà voilà…

 

6) Et t’as le droit d’avaler ta salive ?

 

 

Là, j’avoue que c’est une question que j’ai du mal à saisir. Le concept, c’est que je n’ai pas le droit de manger et de boire. A ce que je sache, je ne vais pas apaiser ma soif en avalant ma propre salive, si ?

 

7) C’est fatiguant, non ?

 

Parfois, j’ai l’impression que les gens veulent absolument que je leur dise à quel point c’est affreux et épuisant de jeûner, ou alors qu’ils recherchent une preuve que les musulman·e·s sont des êtres étranges venus d’ailleurs : la preuve, ils et elles peuvent se priver d’eau et de nourriture sans en être affectés, c’est qu’il y a anguille sous roche, non ?
Sinon, pour répondre à la question : oui, on peut être fatigué·e, mais on peut aussi être surpris·e de se sentir plus en forme qu’en dehors des périodes de jeûne, car notre énergie n’est plus accaparée par notre digestion, et elle est maintenant disponible pour notre petite tête bien fraîche.

 

Comment les non-musulman·e·s pensent qu’on se sent VS. Comment on se sent vraiment
Source : hilarioushijab

 

8) T’as le droit de manger des chewing-gums ?

 

Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, le mois de Ramadan n’est pas une période horrible, pendant laquelle on cherche à contourner les règles par tous les moyens possibles. L’immense majorité des musulman·e·s jeûnent de leur plein gré, et ne cherchent pas de palliatifs pour éviter de ressentir la faim, par exemple, puisque c’est justement par le jeûne qu’on cherche à se rapprocher de Dieu. Je m’attends presque à ce que m’on demande si j’ai le droit de prendre des comprimés coupe-faim avant le lever du soleil, pour tenir toute la journée sans ressentir les effets du jeûne. Quel est l’intérêt de jeûner, alors ?

 

9) De toute façon, c’est hypocrite : le soir, vous vous goinfrez…

 


 

Comme bien souvent, il faut faire attention à ne pas confondre les principes de l’islam et le comportement des musulman·e·s… La théorie, c’est que le mois de Ramadan doit nous apprendre le détachement, la simplicité, la satisfaction avec peu de choses, la gratitude pour ce qu’on a, la compassion envers les pauvres… La pratique, c’est que même pendant ce mois, on reste malheureusement fidèles à la société de consommation, et ces influences opposées provoquent de fâcheux courts-circuits dans nos têtes.

 

10) Tu veux du chocolat ?

 

Non merci, je jeûne. C’est la quatrième fois aujourd’hui que je te le dis et que tu me réponds « Oh mince, désolé·e, j’ai oublié ! », mais c’est pas grave. Ca rajoute un petit challenge supplémentaire quand on me propose à manger à longueur de journée.

Crédit photo de couverture : Moosleemargh 

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