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Le viol est le crime dont tout le monde se fout ! Partie I

On dénombre en France, en 2018, plus de 190 000 victimes de viol[1] ou tentatives de viol par an. Un chiffre bien en deçà de la réalité puisque les victimes de viol sont souvent silencié·es par l’amnésie traumatique dont elles et ils peuvent être sujet·tes et surtout l’omerta[2] de la société. Il est étonnant de voir que la culture du viol grandit en force et prend une place considérable dans l’esprit des citoyen·nes, induisant un déni total quant à ces réalités. Ce silence est monstrueux et n’a plus le droit d’exister. Car il condamne des centaines de milliers de vies, chaque année, à passer une existence de souffrances et d’abandon, s’ajoutant à la douleur du traumatisme. Nous ne pouvons plus permettre que de telles destructions humaines surgissent encore. Nous ne pouvons plus tolérer que nos proches soient livré·es à elleux-mêmes face à leurs blessures et leurs traumatismes, tentant désespérément de retrouver un souffle de vie. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur des crimes que les sociétés et époques antérieures ont laissé se perpétuer. NOUS N’EN AVONS PLUS LE DROIT. Il est de notre devoir d’agir. Le viol est un infanticide, un féminicide, un homicide et un humainicide. Par le caractère destructeur qu’il représente, il est un danger pour notre humanité. Nous devons le faire reculer, en commençant par briser, exterminer, éradiquer la culture du viol et la multitude de violences qu’elle cristallise.

 

La culture du viol : un drame en 3 actes ou l’expression d’un monde à l’envers

 

La culture du viol est cet outil dont se nourrit notre société pour légitimer un viol. Oui, oui, vous avez bien entendu (ou plutôt lu). Quand un viol a lieu, notre société si avancée scientifiquement, technologiquement, perd toute raison et logique car, au lieu de CONDAMNER tous les violeur·se·s quel qu’elles et qu’ils soient, elle va essayer de leur trouver des excuses. C’est d’une absurdité sans égale ni mesure. On se vante d’avoir des citoyen·nes de plus en plus instruit·es mais la bêtise règne en maître face au viol, une bêtise qui lui a permis de se répandre et gangréner par-delà le temps.

 

1) Culpabiliser les victimes

 

En effet, la pensée majoritaire est de véhiculer des idées et de poser des questions, non seulement les plus culpabilisantes les unes que les autres pour chaque victime mais aussi les plus insensées. Petite rétrospective de ce que l’on peut entendre lorsqu’une personne témoigne avoir subi un viol :

– Comment étiez-vous habillée ?

– Avez-vous provoqué / séduit celui qui vous a violée ?

– Aviez-vous bu de l’alcool ou consommé de la drogue ?

– Aviez-vous entamé une quelconque activité sexuelle avec cette personne avant de crier au viol ?

– Avez-vous dit non ? Un vrai “non” ?

– Quelles sont vos pratiques sexuelles ?

– Combien d’amantes / partenaires / conjoint·es avez-vous eu avant ?

– …

Je m’arrête-là mais le topo est assez clair : quand une personne est violée, la société, la justice, les soignants, tout le monde va s’acharner à prouver que la victime a un peu cherché / mérité / provoqué son viol donc elle n’a eu que ce qu’elle mérite. Or, personne ne mérite d’être violé·e. Personne ne mérite qu’on vienne à remettre en cause son humanité, car violer quelqu’un·e c’est nier son existence, son droit de vivre, son droit d’être.

 

2) Déculpabiliser les violeurs

 

“Nos modes de pensées ont été (mal)façonnés par une éducation aux désavantages des femmes, qui inculque que l’homme est un loup pour la femme. (…) Renvoyer l’homme au rang d’animal est une insulte pour ce dernier”

 

À côté de ça – quitte à sortir des absurdités, autant y aller franc-jeu – cette même société qui culpabilise les victimes, va chercher une myriade d’excuses pour déculpabiliser les violeurs (qui sont majoritairement mais non exclusivement des hommes) en avançant que :

– “mais tu connais les hommes, ils ne se contrôlent pas”

– “en même temps, si tu t’habilles d’une certaine manière, ne t’étonne pas si tu es violée ensuite”

– “les hommes sont comme ça, on n’y peut rien”.

 

D’aucuns ne pourraient affirmer une prétendue “faiblesse” naturelle inhérente à l’homme. Si cette idée reçue – et l’expression est à propos puisqu’une idée reçue est une idée répandue et véhiculée, dont le nombre et le caractère répétitif lui ont conféré un statut valant véracité – est largement véhiculée pour plusieurs raisons.

L’Histoire fut le siège du diktat patriarcal. Durant des siècles, l’idéologie machiste représentée par les hommes a kidnappé l’ensemble des postes décisionnaires et de pouvoir. Ces derniers écrivaient et faisaient appliquer des textes de lois qui ne risqueraient en aucun cas de remettre en cause leurs privilèges. Ils ont donc disséminé dans l’esprit de tous les hommes et toutes les femmes de leur époque, une supposée faiblesse sexuelle des hommes face au corps féminin. Il devenait donc quasi impossible de réfuter cette thèse ni de condamner un viol. Comment une femme victime de viol pourrait-elle aller se plaindre à un représentant de justice mâle, persuadé lui aussi de sa propre faiblesse ?! Si l’apparition de femmes, au cours de l’histoire récente, a permis une évolution de ces prises de pouvoir, il n’en reste pas moins que les idées et mentalités ont été trop bien ancrées dans l’esprit de tout un chacun pour être facilement et rapidement remises en question.

Nos modes de pensées ont été (mal)façonnés par une éducation aux désavantages des femmes, qui inculque que l’homme est un loup pour la femme. L’aberration suprême de la culture du viol est de considérer que l’homme ne peut contrôler ses besoins, envies et pulsions. Or, aussi loin que je me souvienne, ce qui distingue l’homme de l’animal c’est justement ce contrôle-là, ce libre-arbitre, cette résistance. Renvoyer l’homme au rang d’animal est une insulte pour ce dernier – même s’il ne vit que pour assouvir ses besoins – et une manière de déculpabiliser à outrance. Cela reviendrait au même si on faisait preuve d’indulgences envers un meurtrier, sous prétexte qu’il serait “fou”, si tant est que ce mot veuille dire quelque chose. Qui plus est, il est totalement erroné de penser le viol comme “un désir non contrôlé” car le viol est dissociable du désir. Le viol est la résultante d’une volonté de domination et de destruction. Il n’a aucun lien avec la sexualité. Nonobstant, j’aimerais interroger les hommes de notre monde : souhaitez-vous vraiment être perçus, vu, décrits, comme des êtres sauvages, victimes de leurs bourses ? C’est si réducteur, insultant et désolant comme perception.

 

Enfin, il me semble que nous sommes suffisamment éduqué · es, éveillé · es et intelligent · es pour cesser de légitimer encore la culture du viol, qui est d’un non-sens profond. Cela ne répond vraiment à aucune logique humaine de culpabiliser les victimes puis déculpabiliser les violeurs. C’est un cheminement de pensées qui relève de l’aberration seule. Le viol est un crime, au même titre que le meurtre. Pénalement, ces actes sont de même gravité. Pourtant, il ne nous viendrait jamais à l’esprit de dire à une personne qui a été tuée :

– “Quelle idée de sortir de chez toi quand on sait tous les fous/folles qu’il y a dehors”

– “Quelle idée de te mettre sur le chemin de telle personne, tu ne savais pas qu’il/elle pouvait te tuer”

– “Pourquoi l’avoir mis e en colère et nourri celle-ci ?” “Pourquoi ne pas t’être tu · e ? On sait tous que par excès de colère, l’être humain peut tuer.”

– “Mais tu aurais dû savoir que cette personne avait un couteau / flingue ou que sais-je encore ! Tu savais que c’était un meurtrier potentiel !”

 

Toutes ces affirmations sont insensées : de la même manière que les meurtriers n’ont pas leur crime écrit sur leur front, les violeurs non plus. Il est donc difficile d’identifier un violeur avant qu’il ne commette son crime et c’est déjà trop tard pour s’en défendre. Dans la même veine que ces propos nous paraitraient ahurissant à tenir à une victime de meurtre, on n’a pas le droit les tenir face à une victime de viol (la comparaison n’est pas de trop car les victimes de viol se retrouvent dans un état de mort · es-vivant · es, de fantôme, de cadavre, tant leur vie a été pulvérisée par l’agression.) Dans la même veine, une victime qui est traumatisée et saccagée par le viol, quand elle arrive, avec peines et souffrances, à avouer ce crime qui la ronge, on ne peut plus se permettre d’interroger son silence, qu’importe la durée de celui-ci.

 

3) Incriminer le silence

 

Dans la suite (il)logique de la culture du viol, la société qui croit tout savoir, a encore tout un lot de phrases assassines à dire à une victime qui avouerait l’abus qu’elle a subi :  “mais pourquoi t’as pas bougé ?”, “pourquoi t’as pas crié ou réagi ?”, “pourquoi tu n’en parles que maintenant ? Au bout de 20 ans ? Tu veux briser sa vie et sa famille ??!”

 

 

Chacune de ces phrases, dans un premier temps, dénote une absence totale de compassion, d’empathie et d’humanité. Il s’agit très clairement des mauvaises questions à poser et de la plus mauvaise manière de le faire. Toute l’illustration de la culture du viol que je viens de faire nous montre pourquoi une victime pourrait avoir du mal à avouer son agression. Chacune de ces phrases, dénuées d’empathie, est une douleur tranchante supplémentaire pour qui les entend. Ne rien dire c’est se protéger d’entendre de telles bêtises. Autrement dit, la culture du viol silencie les victimes et ce silence est une double souffrance, un autre abandon.

Cependant, une autre raison qui amène au silence est d’ordre psychotraumatique. Il est utile de savoir que le viol est une effraction psychique sans précédent, qui défie l’entendement. Il représente un danger vital pour chaque victime. En effet, le choc est tel qu’il est à l’origine d’une surproduction d’adrénaline et de cortisol, deux hormones qui, en surabondance, peuvent entraîner la mort par arrêt cardiaque. Pour protéger physiologiquement la victime, le cerveau procède à une disjonction (oui, comme un circuit électrique) et coupe la relation entre l’objet de stress et la région cérébrale qui sécrète les hormones. Cela conduit à une sidération de la victime (qui se retrouve dans l’incapacité totale de bouger) et à une dissociation traumatique (sensation de sortir de son corps, de flotter) qui va engendrer une anesthésie émotionnelle (sensation d’un corps coupé de ses émotions). L’ensemble de ces symptômes durent jusqu’à plusieurs dizaines d’années. Enfin, quand la victime est mineure, étant donné qu’elle n’a aucun accès à la sexualité (d’un point de vue psychique, cela est en décalage avec son développement) le traumatisme sera tel que va s’ajouter une amnésie traumatique. Comme son nom l’indique, c’est le fait de refouler le traumatisme. L’amnésie peut aussi mettre plusieurs décennies à être levée.
La culture du viol est donc une gangrène qui sévit depuis beaucoup trop longtemps et fait des ravages considérables. Elle permet la survenue des viols et contribue à les étouffer ensuite. Elle représente un fléau à éradiquer de toute urgence, pour que soient rompues à tous les niveaux les lois du silence.

 

[1]  « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol. » Article 222.23 du Code pénal.
« De quelque nature qu’il soit » , cela signifie bien que toutes les pénétrations (vaginales, anales ou orales) sont considérées comme étant des viols, qu’elles soient effectuées avec un pénis, un doigt ou n’importe quel autre objet. Source : https://simonae.fr/militantisme/les-indispensables/expliquez-culture-du-viol/

[2] terme emprunté à la mafia, désignant une loi du silence pour taire des crimes largement connus

 

Crédit photo à la une : Fédération des femmes du Quebec

 

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