Pourquoi j’ai décidé de garder mon nom de famille après mon mariage

par | 11 septembre 2018 | Nos Voix

Pourquoi cet article ?

 

Parce que RAS-LE-BOL ! Ras-le-bol que tout un·e chacun·e y aille de sa remarque parce que j’ai décidé de garder mon nom de jeune fille après m’être mariée.

 

Cet article, j’aimerais le faire lire au commercial en fibre optique qui s’est présenté chez moi il y a deux jours. Tandis que je lui indiquais ne pas avoir adopté le patronyme de mon mari, il s’est permis de commenter, de manière parfaitement déplacée, ce qui constitue tout de même MON choix.

Ce genre de remarque n’était pas la première, et ne sera sûrement pas la dernière. Mais la prochaine fois, je me contenterai de renvoyer l’importun·e vers le présent article, ce qui m’économisera temps et énergie !

 

Pour commencer, j’ai décidé de garder mon nom de jeune fille avant mon mariage. C’était un choix très réfléchi. Pourquoi ce choix ?

 

Tout d’abord, parce que je trouve le nom de mon mari simplement moche, trop rauque, trop brut, alors que le mien est plus doux, plus élégant. Il sonne aussi mieux avec mon prénom.

Ensuite, parce qu’il m’importait, une fois mariée, de rester affiliée à ma famille, aux personnes qui m’ont élevée, m’ont vu grandir et ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Changer de nom, ce serait comme renier tout ce patrimoine. Ce serait comme si j’abandonnais une partie de moi-même pour intégrer exclusivement ma belle-famille.

Il est, enfin, une raison encore plus intime à mon choix. Ce sont ma mère et ma famille maternelle qui m’ont élevée. J’ai en effet perdu mon père jeune, et n’ai presque rien gardé de lui. De minuscules bribes de souvenirs, quelques photos, ce que m’en raconte ma famille… et son nom de famille. Ancrée en moi, c’est la seule chose qu’il m’ait directement transmise. J’entends donc bien le conserver, et précieusement… même si ça fait brailler les imbéciles !

 

Revenons-en au fameux commercial, qui, lorsque je lui indique avoir gardé mon nom de jeune fille se permet de me rétorquer que « ouais, c’est la nouvelle mode, ça ». Je suis de bonne humeur, et décide de l’éduquer un peu. Me voici donc interrogeant Mehdi (le prénom a été modifié) : « Comment ça ? ». Et lui de me répondre que « de l’époque de nos parents et grands-parents, ça n’existait pas, ça ».

 

Ne souhaitant pas mentionner face à un inconnu les raisons personnelles de mon choix évoquées ci-dessus, j’entreprends dès lors d’argumenter sur un plan religieux.

« Vous êtes musulman ?

— Oui.

— Vous savez qu’en islam, l’usage qui consiste, pour une femme, à adopter le patronyme de son conjoint n’existe pas ? Du temps du Prophète (paix et bénédiction sur lui/PSL), on n’appelait pas les femmes par le nom de leur époux. La coutume voulait qu’on emploie leur prénom, suivi de la mention bint (« fille de » en arabe) puis du prénom de leur père.

La première épouse du Prophète (PSL) était par exemple appelée Khadija bint Khuwaylid — Khuwaylid étant le prénom de son père… lui-même appelé Khuwaylid bin Assad (« fils de Assad »). On connaît aussi, bien sûr, Aïcha bint Abou Bakr, une autre des épouses du Prophète (PSL). »

Notre Mehdi se trouve désormais bien en peine de me rétorquer quoi que ce fut, et se contente de concéder un : « Bon point pour vous ». J’ai bien envie de lui asséner, triomphalement, que ce n’est pas un bon point pour moi, mais plutôt un K.O. dès le premier round… mais je tiens à la réduction qu’il m’accorde sur ma box internet !

 

Pour celles qui ont fait le même choix que moi, j’ai aussi trouvé un second argument IN-FAI-LLIBLE, à l’attention de toutes les personnes qui se permettraient de juger ce choix. Cet argument devrait leur clouer le bec une bonne foi(s) pour toutes et, sait-on jamais, pourrait même les faire changer d’avis. Il est en effet écrit dans le Coran : « Appelez-les par le nom de leurs pères. C’est plus équitable auprès d’Allah » (sourate 33, verset 5). C’est assez clair, maintenant ?

(Et si vous voulez être encore plus crédible, déclamez bien sûr ce verset EN ARABE ! Si votre interlocutrice·eur ne comprend pas vos propos, composez-vous une mine hautaine de cheikha prête à dégainer le bâton face à l’élève qui n’a pas appris sa leçon. Et ensuite seulement, du haut de votre superbe, daignez lui faire l’aumône d’une traduction.)

 

Cet échange avec Mehdi est loin d’être le seul que j’aie eu depuis que je suis mariée, mais il est assez représentatif du problème. Ma religion me permet d’être libre. Une liberté symbolisée notamment par le nom que je porte, qui implique que je n’appartiens pas à mon mari, ni même à sa famille.

 

J’ai la nette impression que, lorsque nous les femmes, défendons nos droits, il est de bon ton de faire passer nos revendications pour des innovations répondant simplement à une mode, dans un monde où le féminisme serait roi (ou plutôt, reine), et où la destruction de l’espèce mâle serait imminente. J’exagère à peine…

 

Il est grand temps de mettre en pratique les droits qu’accorde l’islam aux femmes, même si cela n’arrange pas les virils égos masculins.

 

Par ailleurs, il est également temps que les administrations respectent nos choix de femmes, car ce n’est pas une mince affaire de conserver son patronyme dès lors que l’État découvre que l’on est mariée à un homme ! La plupart du temps, à partir du moment où l’on coche la case « mariée », tous les papiers se retrouvent au nom de Monsieur. Et c’est alors un défi kafkaïen que de contacter une à une chaque administration pour les faire procéder au rétablissement de notre nom.

Mais d’ailleurs…

 

C’est seulement en cette fin d’écriture que m’apparaît un élément auquel je n’avais jamais pensé auparavant. L’expression « nom de jeune fille » est problématique en soi, car elle induit que je ne deviendrais femme qu’à partir du moment où je me marierais à un homme. Avant cela, je porte mon nom de jeune fille. Par conséquent, je demeure une (petite, ou jeune) fille. Je n’acquiers la qualité de femme véritable que si j’adopte le nom de mon conjoint.

 

Le patriarcat fait tellement bien les choses…

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