Lubna de Cordoba : garante de l’essor culturel

par | 12 mai 2020 | Femmes musulmanes dans l'histoire, Portraits

[Publié initialement le 12 mai 2019]
La femme dont je vais vous parler a atteint des sommets par sa seule volonté, son efficacité et sa soif de savoir.
Ses vastes connaissances et compétences lui ont permis de côtoyer les plus grand.e.s de son temps, et d’occuper des postes où les responsabilités furent des plus importantes.
La femme dont je vais vous parler est poète, mathématicienne, bibliothécaire et tellement d’autres choses à la fois.
La femme dont nous allons parler s’appelle Lubna, mais elle est également connue sous le nom de Lubna de Cordoba.

 

De sa naissance, de son enfance, et de son adolescence, nous ne savons que très peu de choses. Nous ne pourrons situer l’année ni même la ville de sa naissance. De Lubna, nous savons qu’elle était espagnole, issue d’une famille en grande précarité et qu’elle fut réduite à la servitude très jeune.
Mais sa condition initiale ne l’empêcha pas de développer un nombre incalculable de passions. En effet, l’écriture, la grammaire, la poésie et les mathématiques l’attiraient, si bien que dès qu’elle le pouvait, elle y consacrait l’ensemble de son temps et de son énergie.
C’est ainsi que, très vite, elle fut repérée et commença alors à servir en ce sens. Elle devint scripte et eut pour mission de recopier et de calligraphier un certain nombre de livres afin qu’ils puissent être diffusés plus facilement. Son efficacité ne fut plus à prouver et son nom se répandit. Bientôt, Lubna commença à être sollicitée par différentes personnalités.

 

Si nous devions citer des modèles de femmes autodidactes aujourd’hui, Lubna de Cordoba devrait nécessairement y figurer. Partie de rien, elle consacra durant des années son temps et son énergie à se former, jusqu’au jour où elle fut appelée par le calife Abd Al-Rahman III pour travailler à ses côtés au sein de la cour royale des Omeyades de Cordoue. C’est ainsi qu’elle devint secrétaire du palais, mais également bibliothécaire, mathématicienne et poète.
Lubna était une femme forte, autonome et ses différentes expériences et connaissances lui permirent très vite de dépasser les fonctions qui lui avaient été confiées. Elle fut en capacité de débattre et de rivaliser avec politicien.ne.s, philosophes et dirigeant.e.s de l’époque. Son charisme et son intelligence lui permirent très vite de figurer parmi les figures les plus importantes du palais des Omeyyades de Cordoue.
En 961, à la mort d’Abd Al Rahman III, son fils Al Hakam b. Abd al-Rahman reprit le pouvoir. A aucun instant il n’eut la volonté de se séparer de Lubna; bien au contraire, il lui donna pour mission d’être garante de l’essor culturel et intellectuel du califat. Ainsi, avec un grand nombre de femmes et d’hommes à ses côtés, elle commença à reproduire, écrire et traduire les livres les plus importants, et ce dans des domaines très différents.

 

C’est en partie grâce à ce travail colossal qu’elle dirigea que nous sommes aujourd’hui en capacité d’étudier et de nous inspirer d’œuvres de philosophes, de mathématicien.ne.s, de physicien.ne.s de la Grèce antique notamment.

Elle fut aussi – avec Hasdaï Ibn Shaprut, médecin, diplomate et mécène juif du Xe siècle – à l’initiative de la création de la fabuleuse bibliothèque de Madinat al-Zahra. A la suite de quoi elle la présida. La bibliothèque royale comptait plus de 500 000 livres, dont Lubna avait la capacité de dire où chacun d’eux se trouvait. Afin qu’elle soit perpétuellement alimentée et que les plus belles pièces y soient recensées, Lubna parcourut seule le Moyen-Orient à la recherche des livres les plus prisés. De sources historiques, on sait notamment qu’elle voyagea fréquemment au Caire, à Damas et à Bagdad.
Sa bibliothèque fut l’une des plus importantes et des plus célèbres de son temps. Cordoue connut, grâce à son travail acharné, un essor culturel conséquent. Les savant.e.s s’y déplaçaient massivement afin d’y trouver les écrits dont il.elle.s avaient besoin. La ville était devenue dans les esprits de chacun.e une cité des sciences et de la culture.

Des siècles se sont écoulés avant qu’une bibliothèque semblable à la sienne voie le jour en Espagne. Al Hakam II était le mécène et le protecteur des philosophes et des poètes, même les plus polémiques, et Lubna en était la cheffe d’orchestre.

 

Lubna a su faire de Cordoue un lieu symbole de pluralisme, de tolérance, où l’équité devait nécessairement régner. A la fin de sa vie, c’est à l’enseignement que Lubna se consacrera; elle enseigna notamment aux enfants la magie des mathématiques et leur transmit son amour des chiffres.
C’est en 984 que Lubna décéda. Cependant, si l’on en croit les chroniques arabes de l’époque, nous savons qu’en partie grâce à elle, la machine avait été amorcée. En effet, comme il est souvent mentionné, il pouvait y avoir dans certains quartiers plus de 170 femmes lettrées chargées de copier, traduire ou rédiger. Ces quelques données suffisent à nous donner une idée de l’héritage qu’elle avait laissé, de nous montrer la place qu’occupait la culture mais également la manière dont les femmes y contribuaient.

 

Lubna fut une femme musulmane aux origines ni royales ni nobles. Seule, elle se façonna, elle s’instruisit, elle se perfectionna. Ce travail acharné qu’elle mena lui valut d’être nommée et renommée. Lui donner, à elle, la charge de ces hautes responsabilités, était une preuve de la confiance et du respect qui lui étaient accordés. C’était également un contre-argument clair contre quiconque prétendait que les femmes en islam n’avaient pas de rôles stratégiques à jouer.

Lubna, bien qu’oubliée, fit partie de ceux et celles ayant contribué à la diffusion des savoirs qui furent essentiels dans la prospérité de nos sociétés.
Sa personne, son histoire et les traces qu’elle nous a laissées devraient nous rappeler qu’avec force et détermination, nous pouvons inverser notre destinée; qu’avec envie et passion nous pouvons faire taire la répression, et qu’avec persévérance et croyance nous pouvons faire évoluer les pires des mentalités.
Alors prenons ensemble Lubna comme modèle, faisons d’elle une source d’inspiration pour notre génération et celle à venir. Utilisons son histoire pour faire valoir justice, égalité et respect.
Pour en savoir plus sur son histoire et son parcours, je vous invite si vous êtes anglophones à écouter ce fabuleux podcast à son sujet.

 

Belle écoute 😉

 

Illustration : Sist’art
Sist’art c’est l’histoire de 3 soeurs passionnées d’art et de dessins.
Pour découvrir leur univers, rendez vous sur instagram : @taekanddoart et @sistart.comics

Diffuse la bonne parole

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Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


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