Top 8 des stéréotypes de femmes racisées dans le cinéma français

par | 20 juin 2018 | (Dé)construction

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour le remarquer : le cinéma français compte peu d’actrices arabes, asiatiques, noires, etc. Et quand on les voit à l’écran, on se rend vite compte qu’elles sont bien souvent cantonnées à quelques rôles récurrents, comme si les femmes racisées étaient identifiables exclusivement à une poignée de personnages stéréotypés… Voici donc une petite sélection des rôles dont on se lasse légèrement.

 

C’est un problème soulevé par de nombreuses comédiennes racisées, qui se voient majoritairement, voire exclusivement, proposer des rôles correspondant à des clichés basés sur leur origine ou leur apparence. Tandis que des actrices non-racisées bénéficient du privilège d’obtenir les premiers rôles, de se glisser dans la peau de n’importe qui et d’interpréter des personnages complexes et nuancés, les femmes racisées sont à la fois sous-représentées dans le cinéma français et limitées à une palette de rôles souvent caricaturaux. Que nous manquerait-il donc pour pouvoir jouer, nous aussi, des femmes aux milieux, personnalités et parcours divers et variés ?

Bien que la réalité prouve la pluralité des hommes et des femmes issu·e·s des minorités, la majorité des films français se contentent de reproduire des schémas hérités de l’imaginaire colonial, reléguant notamment les femmes racisées au statut de quota ou de touche exotique. Si vous êtes une jeune comédienne d’origine maghrébine, par exemple, bon courage pour décrocher un rôle autre que celui de Karima-qui-vit-en-cité-avec-ses-grands-frères (et ce ne sont pas deux ou trois contre-exemples qui me convaincront du contraire) !

C’est ainsi que, tout en affirmant améliorer notre visibilité à l’écran, une grande partie des films qui prétendent nous représenter ou illustrer nos vécus, renforcent en réalité les clichés nous concernant. Ceci est en grande partie dû au fait que ces films sont réalisés par des personnes ne connaissant absolument pas nos réalités, mais pas seulement. La tendance actuelle est en effet à l’éloge de films réalisés par des concernées et reproduisant les schémas habituels – comme par exemple Divines, de Houda Benyamina.

Pourtant, ce n’est pas faute de disposer d’alternatives à proposer, mais il semblerait que les personnages sortant des clichés ne correspondent pas tout-à-fait aux attentes du milieu. Amandine Gay, réalisatrice d’Ouvrir la voix, explique dans une interview que, lorsqu’en tant que scénariste, elle proposait des personnages de femmes noires non-stéréotypés, on lui répondait que ces personnages n’étaient pas réalistes, de telles femmes n’existant pas en France. Ces dernières sont pourtant bel et bien réelles puisque qu’elle les connait ou s’inspire de sa propre expérience pour créer lesdits personnages ! Cette déconnexion avec la société actuelle, et le déni de la pluralité des femmes racisées en France, se reflètent ainsi tristement dans la palette extrêmement restreinte de rôles vus, revus et re-revus.

Alors je pose la question : un milieu censé être synonyme de créativité et d’imagination ne pourrait-il pas mettre en scène des personnages de femmes racisées ne correspondant pas aux clichés suivants ?

 

La racaille de banlieue

 

En gros, sa vie dans une cité HLM oscille entre les grands frères violents, les traditions familiales archaïques, l’ignorance, les bagarres entre filles, le chômage, la vulgarité, la drogue, la misère sociale, le décalage avec le reste de la société française… Je continue ou ça va ?

Dernièrement, on a vu s’ajouter à cet inventaire la radicalisation et le fondamentalisme religieux. Ben alors, vous voyez bien que la vision des banlieues dans le cinéma se renouvelle !

 

Capture d’écran : Bande de filles, de Céline Sciamma

 

Bande de filles constitue pour moi l’exemple typique du film qu’on encense parce qu’il représente enfin des femmes noires à l’écran, qu’on se félicite d’avoir vu ou plébiscité parce que cela prouve notre ouverture d’esprit, sans s’interroger deux secondes sur les stéréotypes lassants qu’il véhicule.

Par ailleurs, et heureusement pour ces femmes de banlieue, un homme blanc aisé passe parfois par là et leur permet de s’élever en devenant des jeunes femmes respectables, comme dans Le brio d’Yvan Attal, où Daniel Auteuil transforme la banlieusarde jouée par Camélia Jordana en une superbe jeune femme enfin capable de s’exprimer correctement.

 

Daniel Auteuil et Camélia Jordana dans Le brio, d’Yvan Attal / Crédit : David Koskas

 

La femme asiatique effacée et/ou fétichisée

 

J’ai demandé à des amies concernées quels étaient les films avec des personnages de femmes asiatiques qui leur faisaient lever les yeux au ciel. L’une d’entre elles m’a très justement fait remarquer qu’en recherchant « actrice asiatique française » sur Google, on ne trouvait quasiment que du porno.

Et les rares fois où le cinéma nous présente des personnages de femmes asiatiques, leur rôle est défini par leur origine plus précise : chinoise, japonaise ou coréenne, c’est l’intello ou la première de la classe ; thaïlandaise, cambodgienne, philippine ou d’un autre pays d’Asie du Sud-Est, c’est la touche exotique, sexy et docile, quand ce n’est pas la victime de commerce sexuel. Pour ce qui est des femmes originaires du sous-continent indien, c’est bien simple : je n’en ai pas trouvé.

 

« Ça vous ennuie si je me mets toute nue ? » : oui, c’est bien ce que Linh Dan Pham dit à ce moment-là. / Capture d’écran Le bruit des gens autour, de Diastème

 

La Maghrébine qui échappe à sa famille grâce à son mec blanc

 

Honnêtement, je ne sais pas ce que serait le cinéma français sans ce scénario. Extrait du synopsis de Samia, film de Philippe Faucon (également réalisateur de Fatima, et apparemment en panne d’inspiration pour ses titres) :

« Marseille. Samia, quinze ans, vit dans une famille d’origine algérienne très traditionaliste. Elle est obligée de suivre une morale extrêmement rigide. Tandis que Yacine, le grand frère chômeur, se porte garant de ces valeurs, Amel, la sœur aînée, profite d’une liaison amoureuse pour prendre ses distances avec le milieu familial. Samia, elle, en situation d’échec scolaire, connaît un premier flirt clandestin. Elle réalise à quel point il est vital pour elle d’être absolument indépendante. »

Alors d’un côté, on a les méchants hommes, ceux de la famille, qui étouffent les héroïnes bien intégrées ; et de l’autre, les gentils, extérieurs à leur culture arriérée, grâce à qui elles découvrent la vraie vie. Super original.

 

Sofia Essaïdi et Alex Kiener dans Aïcha, de Yamina Benguigui / Crédit : France Télévision Distribution

 

La femme de ménage

 

Bon, ça, c’est un classique. Elle ne parle pas bien français et porte le poids du monde sur ses épaules.

 

Capture d’écran : Soria Zeroual dans Fatima, de Philippe Faucon

 

A l’exception du film Fatima où elle occupe le rôle principal, elle est souvent là dans le décor, petite touche de couleur visible (ben voilà, on vous montre à l’écran !), mais ne prenant pas trop de place non plus.

 

L’infirmière antillaise

 

Dans le même genre de « quota-pas-trop-visible-non-plus », on a l’infirmière ou l’aide-soignante noire, souvent antillaise. Non, elle n’est pas médecin, faut que ça reste réaliste, voyons !

 

Firmine Richard et Marie Bunel dans Coup de cœur, de Dominique Ladoge / Crédit : Gilles Scarella/FTV

 

La « beurette » ou la « niafou »

 

Décidément, ces femmes ne savent pas faire dans la mesure : incapables de maîtriser l’art subtil de la séduction et de la coquetterie à la française, elles tombent bien facilement dans la vulgarité et deviennent par conséquent peu respectables. D’ailleurs, véritables « michtonneuses », leur but ultime est souvent de trouver des hommes riches assez sensibles à leurs charmes pour leur offrir vêtements et accessoires de luxe.

 

Karina Testa dans Des poupées et des anges, de Nora Hamdi / Crédit : Flach Film

 

La mama africaine

 

Elle a un accent bien prononcé, des formes généreuses et un caractère bien trempé, sous lequel elle cache un grand cœur. Elle essaie tant bien que mal d’élever sa nombreuse marmaille dans la cité, souvent malgré un père absent, ou complètement effacé à côté d’elle.

 

Capture d’écran : Marie-Philomène Nga dans Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste

 

La maman maghrébine

 

Contrairement à la mama africaine, elle est plutôt effacée, écrasée par son mari et dépassée même par ses fils, qu’elle ne peut toutefois pas s’empêcher de privilégier au détriment de ses filles.

 

Capture d’écran : Nadia El Koutei, Kheira Oualhaci et Mohamed Chaouch dans Samia, de Philippe Faucon

 

Ici par exemple, la mère s’interpose, mais dit tout de même à sa fille qu’elle doit obéissance à son grand frère.

 

Mettons-nous bien d’accord : je n’affirme pas que de tels personnages n’existent pas dans la réalité. Mais ils sont représentés de manière totalement disproportionnée au cinéma, éclipsant ainsi la possibilité de rôles reflétant l’incroyable diversité des femmes racisées en France. Si j’avais mauvais esprit, je me demanderais pourquoi seuls les rôles de ce type intéressent les producteurs·trices, au détriment de ceux qui montreraient les femmes racisées sous un autre jour.

Quitte à suivre les scénarios classiques du cinéma français, à quand des films dont les personnages principaux sont une femme noire enquêtrice, une bande d’amies asiatiques dont on suit les vacances dans le Sud, ou une prof de fac maghrébine dont on suit les interrogations existentielles dans le Quartier latin ?

 

Image à la une : Firmine Richard dans 8 femmes de François Ozon

 

Diffuse la bonne parole

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


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