Search for content, post, videos

Pourquoi Lallab a pris quelques jours pour s’exprimer sur l’affaire Mennel

 

Depuis la polémique sur la participation de Mennel Ibtissem à l’émission The Voice sur TF1 et son départ de l’émission, nous avons reçu plusieurs messages et appels nous reprochant de ne pas nous être exprimées à ce sujet. Il y a pourtant des raisons précises pour lesquelles nous n’avions pas encore écrit de communiqué officiel. L’absence de communication de notre part sur les réseaux sociaux ne signifie pas que nous n’agissons pas dans un lieu qui existe en dehors d’internet : la vraie vie.

 

Nous avons rencontré Mennel lors du LallabBirthday, notre festival féministe qui a eu lieu à Paris le 6 mai 2017. Nous l’avons invitée en tant qu’artiste, et elle a transporté les personnes présentes avec sa voix magnifique et ses doigts dansant sur son piano. Mennel n’est pas membre de Lallab, mais certaines d’entre nous ont noué des relations amicales avec elle ce jour-là.

D’un point de vue extérieur, certain·e·s voyaient seulement le fait que Lallab ne s’était pas encore prononcée publiquement pour lui exprimer son soutien. Pourtant, ce sont des Lallas qui ont été à l’origine du hashtag #RaiseOurVoices, qui a rassemblé de nombreux messages de soutien à Mennel et a tenté d’apporter un contrepoids au déferlement de haine sur les réseaux sociaux.

Il est intéressant de noter que seule Lallab est soumise à ces injonctions, et pas d’autres organisations féministes qui sont pourtant tout autant censées remplir ce rôle de dénonciation des discriminations et de l’acharnement dont des femmes sont victimes.

Cela est sans doute dû au fait que l’aveuglement de certain·e·s est tel qu’ils et elles ne voient pas en quoi cette affaire est symptomatique du climat particulièrement hostile et néfaste pour les femmes musulmanes en France. Pour celles et ceux-là, nous avons donné quelques pistes dans notre communiqué, et nous reviendrons dans un prochain article sur les raisons expliquant les ressorts sexistes, racistes et islamophobes derrière cette affaire.

 

En attendant, faisons un rappel de la situation de Lallab et des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas exprimées plus tôt sur l’affaire Mennel.

 

Le plus important est le soutien direct que nous lui apportons déjà

 

Nous préférons utiliser notre énergie pour la soutenir de manière directe et personnelle, car c’est ça qui est prioritaire. Nous sommes en contact direct avec elle, et ce soutien est ce dont elle a besoin ici et maintenant. Nos ressources sont limitées, nous sommes libres de choisir comment les utiliser et nous avons décidé que la priorité était d’envoyer à Mennel tout notre amour, de l’entourer de manière concrète, et que le fait d’analyser et d’écrire à son sujet viendrait dans un second temps. Nous n’avons par ailleurs pas à nous justifier et à prouver notre engagement en communiquant publiquement ou en détaillant les manières dont nous lui avons exprimé notre soutien. Mennel les connait, et c’est la seule chose qui compte si votre préoccupation est réellement son bien-être.

 

Notre temps est limité car nous soutenons déjà des centaines de femmes, musulmanes ou non

 

Pendant que vous attendez que nous nous prononcions sur une affaire en particulier, nous consacrons notre temps et notre énergie à soutenir des centaines de femmes musulmanes (mais pas que) qui subissent les mêmes types d’exclusions dans leurs vies. A nos yeux, toutes ces exclusions ont la même gravité que celle de Mennel, même si elles ne passent pas sur TF1 et ne sont pas relayées par les grands médias. Les femmes musulmanes que nous accompagnons ne sont pas connues du grand public, elles subissent des discriminations dans l’ombre, dans un silence assourdissant, et nous faisons de notre mieux pour être là pour elles.

 

Nous ne souhaitons pas parler à la place de la première concernée

 

Nous respectons avant tout le rythme de Mennel et nous lui laissons le temps de se remettre des violences dont elle a été victime. En tant que première concernée, c’est à elle de nous indiquer ce qu’elle souhaite pour la suite. Nous faisons donc le choix de ne pas nous prononcer à sa place sur une action d’envergure à mener, ni à prendre des initiatives qui pourraient lui porter préjudice. Ces actions, nous les menons chaque jour de l’année, et nous n’avons pas attendu cette affaire pour le faire.

 

Nous sommes avant tout des bénévoles, personnellement atteintes par cette polémique

 

Nous sommes profondément secouées, choquées et attristées par cette actualité. Nos auteures ne sont pas une armée de robots, mais une poignée de femmes bénévoles qui sont directement concernées par ces violences et qui ont besoin de temps pour reprendre leurs esprits, analyser la situation et écrire. Vous avez peut-être l’impression que Mennel est un cas isolé, et que nous avons toutes de l’énergie et de la force à profusion à lui transmettre. La réalité, c’est que nous sommes victimes des mêmes mécanismes d’exclusion dans nos propres vies, qu’ils nous épuisent et que cet acharnement sur Mennel nous bouleverse d’autant plus qu’il réveille nos propres blessures. Nous vous remercions de nous laisser écrire à notre propre rythme, sans injonctions qui sont par ailleurs disproportionnées par rapport aux moyens et aux ressources très limitées dont nous disposons.

 

Notre travail, nos priorités, notre rythme

 

Telles sont nos priorités : soutenir Mennel personnellement, répondre à l’urgence des centaines de femmes qui nous contactent, et respecter le rythme de nos bénévoles qui sont elles-mêmes atteintes au plus profond de leur être par cette polémique. Ensuite vient le temps de l’écriture et de la communication sur notre soutien.

Nous ne changerons pas l’ordre de ces priorités, quelles que soient les injonctions de personnes extérieures à notre association, qui ne réalisent pas à quel point nos moyens sont insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins exprimés par les femmes qui nous contactent.

Les appels téléphoniques incessants sommant de nous exprimer ne nous aident pas, mais nous privent d’un temps précieux. Merci de respecter notre rythme et de prendre conscience que le fait que nous ne communiquons pas ne signifie pas que nous n’agissons pas, bien au contraire.

 

Diffuse la bonne parole