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Lettre ouverte à Toi qui te demandes pourquoi je prie

 

Le mois de Ramadan nous quitte peu à peu. Il me reste peu de temps pour te partager un des trésors de ce mois. Aujourd’hui, je vais me permettre de te tutoyer. Je voudrais que l’on puisse se comprendre vraiment, que l’on se parle à cœur ouvert. Ce trésor est trop précieux pour y mettre des barrières. Je ne sais pas qui tu es, ce que tu sais, ce que tu fais, si tu crois ou non en notre Dieu qui a tout créé. Je sais juste que ce titre t’a parlé, que tu as eu envie d’en savoir plus. Alors ne m’en veux pas si tu connais déjà ce que j’écris. Fais-toi confiance, laisse les mots te porter. Si tu me lis, c’est que tu es prêt·e à embarquer… Que Dieu me pardonne si quelques erreurs se glissent.
Tu le sais peut-être, l’Islam est composé de cinq piliers qui forment les fondements de notre religion. Cinq piliers sur lesquels s’appuyer de toutes ses forces pour construire, si Dieu le veut, les bases d’un édifice solide. Ils sont comme les fondations d’une maison. Lorsque les fondations sont friables, tout s’effondre. Le Ramadan est le 4ème pilier de la religion. Un pilier au sein duquel nous augmentons tou·te·s nos actes d’adoration. Et c’est du 2ème pilier que j’aimerais te parler : la Prière.

 

La prière reste pour les non-croyant·e·s un mystère. Quand mon père ose enfin me poser des questions, il me demande : cinq fois par jour ? Vraiment ? Et tu pries comme les hommes ? Comme on voit dans les films ? Oui Papa, comme les garçons et 5 fois par jour. Il est vrai que dans d’autres religions, les femmes ne prient pas autant que les hommes et parfois pas de la même façon. Pour nous, c’est un cadeau auquel nous avons tou·te·s droit équitablement. Femmes et hommes.

Je t’écris à toi qui, peut-être, ne connais pas encore la saveur d’une prière. J’aimerais t’aider, si Dieu le veut, à imaginer, à goûter les délices de ce moment si particulier. Et peut-être auras-tu envie, qui sait, d’essayer toi aussi.

Qu’est-ce qu’une prière ? Je vais tenter de la décrire comme je la ressens et comme je suis presque sûre que chacun·e d’entre nous l’a déjà vécue. Oui, même les non-croyant·e·s. Alors, joue le jeu et laisse-toi guider.

La vie est une alternance perpétuelle d’événements riches en émotions : joie, tristesse, bonheur, colère… Des émotions que nous avons parfois un besoin insoutenable de partager avec nos proches.
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Souviens-toi d’un moment empreint d’une émotion forte : une joie immense (comme la naissance d’un enfant) ou une tristesse profonde (comme la perte d’un être cher). Ce moment où l’on sent que personne ne peut nous aider ou ne peut nous comprendre. Et en même temps, c’est justement le moment où l’on aime avoir la bonne oreille pour nous écouter, la bonne épaule pour se reposer.

Pense alors à la personne à qui tu te confies. Dans ces moments où tu sens qu’elle est la seule à pouvoir te comprendre : ta mère, ton père, ta femme, ton mari, ta sœur, ta meilleure amie… ?

Imagine maintenant que ce moment est tellement lourd que tu as besoin de l’appeler une, deux, cinq fois par jour. Peut-être plus. Parfois tard, la nuit. Et cela, plusieurs jours d’affilée. C’est trop dur à porter, tu as besoin d’elle, de lui, de son soutien, de ses mots.

Combien de temps crois-tu que cet être si précieux à tes yeux accepte que tu le sollicites autant ? Deux, trois jours, une semaine, un mois… ? Il arrive un temps où il ne pourra plus t’écouter autant. Non pas qu’il ne t’aime plus, mais qui peut supporter cela ?

Pour d’autres, dans ces terribles moments, c’est l’isolement qui est source d’apaisement. Tu te mets alors à chercher au plus profond de toi des solutions. Tu essayes de comprendre : « Comment, pourquoi, grâce à quoi supporter tout cela ? ».
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Que tu préfères être seul·e ou te confier, je vais te partager un secret… Je connais Celui qui est Le meilleur des conseillers, Celui qui a la réponse à toutes tes questions. Il s’appelle Allah, exalté soit-Il. Et la prière est l’un des moyens les plus purs pour Le contacter.

Imagine dans ces moments d’épreuves pouvoir te confier, t’adresser à un être qui ne se lasse jamais. Il ne t’en veut pas de t’énerver, de pleurer ou même de douter de Lui et de Ses réponses. Lorsque tu lui demandes pardon, Il te pardonne sans concession.

Qui d’entre nous est capable de pardonner si entièrement ? As-tu déjà ressenti la valeur d’un pardon que l’on t’adresse ou que tu donnes sincèrement ?

Plus tu reviens vers Lui, plus tu Lui demandes de l’aide, plus Il est heureux. Sa porte est toujours ouverte. Jour et nuit. Aussi souvent que tu le veux : cinq, dix fois par jour. Indéfiniment.

Voilà pourquoi je prie. Son écoute est toujours sincère et ses conseils sont justes. Cette prière, cinq fois par jour, qui pour toi peut sembler un poids, est en fait la plus belle manière de s’alléger. Qui possède un si fidèle compagnon ?

Maintenant que tu comprends pourquoi je prie, je souhaite te faire goûter à quelques délices de ces précieux instants. Parfois je prie seule, parfois en groupe, dans des lieux improbables, en pleine forêt aussi bien qu’à la mosquée.

La prière se fait obligatoirement à certains moments. Avant que le soleil ne se lève ou lorsqu’il se couche, par exemple. Quel plus beau spectacle pour la méditation ? Les oiseaux aussi sont là. Je les entends également partager quelques mots avec Notre Seigneur bien-aimé.

Quand je me rends à la mosquée, l’ambiance est particulière. Je sens l’odeur des muscs lorsque je me rapproche. L’air semble plus frais. Déjà, le corps se relâche… En paix.

 

 

La prière a ses codes, ses mouvements. Ce serait trop long de t’expliquer toute leur signification.

L’imam commence… Le silence se fait. Des centaines de personnes et pourtant… Il récite les paroles de Celui qui nous aime, qui nous connaît comme nous ne nous connaîtrons jamais. Sa voix sublime me donne des frissons. Et vient ce moment de communion, ce « AMIN » puissant. Des centaines de voix à l’unisson.

Même si je ne comprends pas tout, chaque mot que je capte est une bénédiction. Nos corps, collés les uns aux autres, ont chaud. Nos jambes commencent à faiblir parfois. Et pourtant, nous tenons. Lorsqu’arrive enfin le moment de la prosternation, que notre front touche le sol, nous nous livrons.

Je lui dis ce qu’Il sait déjà et j’entends toutes ces femmes qui chuchotent, qui pleurent parfois, tout autour de moi. Peut-être sommes-nous plusieurs à Lui demander la même chose, à Lui demander Son Pardon ? Une prière est-elle plus entendue lorsqu’elle est faite à l’unisson ?

Chaque prosternation est une libération. J’imagine ce sac rempli de péchés, lourd à porter, qui, lorsque mon front touche le sol, se vide, glisse de mon dos peu à peu… Et au moment de se redresser, il n’y a plus de fatigue. Je repars de la mosquée, le corps allégé, le cœur apaisé.

Chaque prière a sa saveur. Chaque prière a son secret. Peut-être que tu le découvriras si tu essaies. Tente de te tourner vers Lui. Et qui sait, Il mettra sûrement quelqu’un sur ton chemin pour t’accompagner. Peu importe comment tu le fais…

Je vais te confier un dernier secret. Avant de me convertir, je priais. Je ne savais pas comment, pourquoi, ou vers qui exactement, mais je Le sollicitais souvent. Je tournais mon regard vers le ciel, la nuit et je Lui demandais de l’aide. Je ne pouvais pas rêver de réponse plus parfaite que cette conversion… Il est tout près. Merci mon Dieu.

 

 

D’ailleurs, écoute ce qu’Il te dit à ce sujet-là :

Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi. Alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés.
Sourate 2, verset 186

 

Nous avons effectivement créé l’Homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire.
Sourate 50, verset 16

Avant de te laisser, une dernière chose. Une femme m’a offert ce livre : La saveur de la prière, de Ibn Qayyim Al-Jawziyya. J’ai mis deux ans à comprendre ce qu’il signifiait. Et maintenant que je connais le goût de ce mets si précieux, je ne peux plus m’en lasser. Aussi longtemps qu’Il me le permet. Alors non, ne t’inquiète pas, ce n’est pas si dur de prier cinq fois. C’est un cadeau à la valeur inestimable.

 

Je te souhaite à toi aussi de connaître, un jour, ce moment de paix.

A très bientôt cher·e·s ami·e·s.
 
Crédit photo de couverture : Jewel Samad AFP

 

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