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(Dé)construction

La petite dernière

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« Je m’appelle Fatima. Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam. »

Française d’origine algérienne, elle porte« un nom qu’il ne faut pas salir ». Musulmanes pratiquantes et lesbiennes, l’auteure et la narratrice se confondent dans cette autofiction

 

À 24 ans, Fatima Daas, féministe intersectionnelle, signe son premier roman. Un premier texte sur son rapport à l’islam, écrit pendant son master de Création littéraire à Saint-Denis Paris 8, la mènera à La petite dernière. Chaque chapitre débute par « Je m’appelle Fatima » et marque sa quête identitaire. Française d’origine algérienne, musulmane, lesbienne et « banlieusarde qui observe les comportements parisiens », Fatima lutte pour faire coexister toutes ses identités. Des identités qui semblent contradictoires.

 

« Je m’appelle Fatima.

Je suis musulmane, alors j’ai peur :

Que Dieu ne m’aime pas. »

 

Des phrases courtes et des fragments de vie, qui racontent des conflits intérieurs et extérieurs. La narratrice questionne sa place à l’école, dans sa famille, dans la société… On l’accompagne de l’enfance à l’âge adulte et lors de ses trajets de Clichy à Paris. On se joint à elle dans la cuisine avec sa mère ou encore à l’hôpital, où elle se rend pour soigner son asthme. On la découvre dans sa relation compliquée avec Nina. En est-elle amoureuse ou fait-elle le choix d’une histoire impossible ? On ne sait jamais avec Fatima. Rien n’est acquis dans le roman, tout est mouvement. La possibilité d’accepter que nous sommes sans cesse en cheminement, se ressent aussi dans les interviews données par l’auteure.

« Je m’appelle Fatima Daas.

Je suis une menteuse.

Je suis une pécheresse. »

 

Fatima découvre son homosexualité à 12 ans. Un sentiment de honte la pousse à taire tout désir et la rend parfois violente. Tiraillement et honte d’être lesbienne mais aussi d’être musulmane dans le milieu lesbien… Et le sentiment d’être incomprise car « c’est difficile d’être toujours à côté, à côté des autres, jamais avec eux, à côté de sa vie, à côté de la plaque ». Silencieuse dans ses relations amoureuses, elle est souvent tentée de fuir. Elle pense que « c’est terrible de dire « Je t’aime » […] c’est aussi terrible de ne pas le dire ». Mais « L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. »

 

« Ma mère dit qu’on naît musulman.

Je crois pourtant que je me suis convertie. »

 

Sans réel enseignement religieux, elle pratique d’abord par mimétisme. Puis, elle ressent une foi immense et se met à prier, avec conviction. Au journal Le Monde, l’auteure confie : « ce que je voulais livrer d’intime, c’est surtout les moments de prière où je sens la présence réelle de Dieu en moi, parce que la relation avec Lui est beaucoup plus forte que celle que je peux avoir avec une fille. C’est au-delà de tout. » Cependant, la culpabilité envahit Fatima, qui va à la rencontre de plusieurs imams dans l’espoir d’obtenir des réponses. « Dieu a créé Adam et Ève et non pas Ève et Ève » tranche l’imam. Ses prières s’intensifient, son amour pour Dieu ne faillit pas, elle « jure de ne plus recommencer ». Mais elle jure « sans promettre ». Elle ne renoncera pas.

 

« J’ai la sensation que ma vie commence tout juste à avoir un semblant de stabilité. »

 

Malgré quatre années de psychothérapie, elle continue « d’écrire des histoires pour ne pas vivre la sienne ». On se demande où est la vérité et où est la fiction. La jeune auteure a le courage de ne pas renier des parts d’elle-même, de ne pas choisir entre pratiquer sa religion et aimer les femmes. Elle lève surtout des tabous et parle à une génération en manque de représentation. Fatima Daas ne veut pas « réformer l’islam » et résiste également à la pression de la société, qui voudrait qu’elle choisisse. Si elle craint les récupérations de toute part, elle réaffirme à chaque fois, que son « désir profond est de discuter de littérature ».

 

Ce monologue ne donne pas de solutions mais nous permet de découvrir le parcours de Fatima Daas, en chemin vers l’acceptation de soi.

 

La petite dernière, Fatima Daas – éditions Notabilia, août 2020 – 192 pages – 16€

 

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