Ce qui nous regarde, une pièce de Myriam Marzouki… Ou la claque que je viens de me prendre !

par | 7 février 2017 | Portraits

Je sors du théâtre. Je n’ai qu’une envie, rentrer chez moi, m’arrêter. Et écrire. Ecrire pour essayer de comprendre ce qui vient de se passer, ce que je viens de vivre. Les yeux humides à la fin de la pièce, j’essaie de retenir mes larmes. J’écoute les autres parler, mais je ne suis plus vraiment là.

Ce samedi soir, j’arrive au théâtre l’Echangeur, à Bagnolet, sans vraiment savoir ce que je vais voir. La pièce s’appelle « Ce qui nous regarde ». Je sais seulement qu’elle parle du voile. La salle est pleine. Autant de femmes que d’hommes, mais peu de têtes coiffées d’un foulard. Je m’attends à quelques clichés, à des explications des textes sacrés, à une vision scénarisée de ce que peut représenter le voile. En fait, je m’attends à tout. A tout, SAUF à ça !

La pièce commence. Les photos de grands-mères, en noir et blanc, s’affichent en grand. Des photos d’un autre temps, de femmes « coiffées d’un fichu » : Olga et Aziza. Ce sont les grands-mères de Myriam Marzouki, la metteuse en scène. Une femme féministe, engagée, athée, à la double culture française et tunisienne.

C’est une pièce qui veut faire « un pas de côté » pour regarder le « problème » du voile autrement. Au final, peu de choses sur l’Islam, et tant sur notre société !

Le seul texte religieux de la pièce, chanté puis hurlé par un des comédiens, est perturbant. La première fois qu’il le dit, silence.  La deuxième fois, nous rions. Et pourtant… C’est un texte révélateur de ce qui est entré, pour certain.e.s, dans la norme. C’est une ode à la gloire des hommes. Un texte extrait de l’Evangile de Saint Paul, dans la Bible. Un texte dont j’ignorais l’existence, le Première épître aux Corinthiens (11 : 2-16, Nouveau Testament).

Puis vient cette femme en longue robe noire, un foulard sur la tête. Elle est belle, souriante, le visage doux. Et soudain, tout change. Ses traits s’assombrissent, son sourire s’efface. Des gants de boxe rouges apparaissent. Elle doit se battre, contre un ennemi invisible. C’est cette image qui m’a mis le premier coup de poing de la pièce. Elle ressemble à toutes ces femmes qui doivent se battre pour être elles-mêmes.

Crédit photo : Vincent Arbelet

Crédit photo : Vincent Arbelet

Finalement, le voile n’est qu’un prétexte pour essayer de dénouer les fils de tout ce qui se joue dans notre société. Dans une interview, Myriam Marzouki cite cette phrase de Bourdieu :

« Lorsqu’on regarde un objet social avec beaucoup d’attention, on finit par y voir la société tout entière. »

Et franchement, notre société n’est pas belle à voir.

« Ce qui nous regarde » est à la fois une pièce de théâtre, un documentaire, un voyage dans l’histoire, à travers les médias, une initiation à tout ce qui peut s’intriquer lorsqu’on fixe son objectif sur un pseudo-problème précis.

Cette pièce dénonce et mélange deux grandes idées qui s’imbriquent sur la question du voile en France : la place de l’histoire post-colonialiste et le commerce du corps des femmes dans notre société capitaliste.Et c’est sur ces deux axes, entre autres, que la pièce va nous amener, à travers des photos, des reportages, des bouts de vie scénarisés… Elle nous parle de l’Algérie et des campagnes pour le retrait du voile.

Elle nous parle de ce père qui en veut à sa fille de se voiler et d’aller à l’encontre de ce que lui, immigré qui s’est « intégré », aurait voulu pour elle.

Elle nous parle aussi du jeu que peuvent nous imposer les médias sur ces systématiques associations entre femmes musulmanes et femmes en niqab, pourtant si minoritaires sur le territoire français.

Elle nous parle également du commerce du corps des femmes. Une comédienne s’exprime et tente, avec nous, de définir ce qu’est être une femme libre, féministe, émancipée… – forcément dénudée ?

Elle finit par s’accroupir, à moitié déshabillée, et poser. Poser, comme dans nos magazines. La pornographie publicitaire est devenue une norme. Combien de corps de femmes dénudés pour vendre une montre ? Combien de photos de femmes objectifiées dans nos journaux ? Faites l’expérience. Prenez le premier magazine près de vous et je suis sûre que vous y trouverez des publicités avec des femmes elles-mêmes réduites à des marchandises. Tout cela est devenu si tristement normal. Trop normal !

Crédit photo : Vincent Arbelet

Crédit photo : Vincent Arbelet

Elle nous interroge : et si, finalement, ce ne serait pas nous qui serions soumis à ce consumérisme, à ses marques que nous portons, à ses tendances que nous affichons ? « Obéissez, obéissez », répète cette femme. Qui de nous n’est pas au moins un peu soumis à ce dieu capitaliste, à ce dieu du commerce qui tente de tout contrôler ?

Un ensemble de mots, d’expressions subtiles se glisse dans cette pièce. J’en retiens deux. Une femme en pleine dispute demande si ce qui nous poserait tant problème avec ce voile, ce ne serait pas « ce qui nous échappe ». Une autre, en face d’elle, nous parle de ce voile qui serait comme un « miroir »…

Je vous laisse y réfléchir. Mon cerveau bouillonne encore. Une énorme envie d’aller chercher dans différents livres d’histoire – et pas ceux de nos écoles – pour mieux comprendre.

A la sortie de la pièce, la metteuse en scène est là. Quelqu’un lui demande « Allez-vous filmer la pièce ? ». Elle répond que non : c’est une pièce qui doit se Vivre. Je suis encore un peu sous le choc, mais j’acquiesce. Il faut le Vivre pour tenter de comprendre ce qui vient de se passer.

Un dernier conseil, courez ! Courez voir cette pièce ! A Bagnolet jusqu’au 9 février, puis en tournée dans toute la France. En espérant qu’elle repassera par Paris.

Je laisse le mot de la fin à la femme assise à côté de moi. A la fin de la pièce, elle se lève et dit : « Maintenant, on a plus qu’à digérer tout ça ». Je n’ai pas encore repris mon souffle, je suis encore sonnée.

Pourtant, je n’ai qu’une seule envie : y retourner !

Courrez vite découvrir , « Ce qui nous regarde » de Myriam Marzouki  dans le cadre de la programmation hors les murs de la MC93

A Bagnolet, au théâtre de l’Echangeur jusqu’au 9 février 2017.
A Reims, le 11 février à 16h30 dans le cadre du festival Reims Scènes d’Europe

 

Diffuse la bonne parole

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


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