Search for content, post, videos

« Nos réalités comptent, mais qui en parle aujourd’hui ? Qui ça intéresse ? »

La porte-parole de Lallab Laura Cha est intervenue lors de l’Université d’été du féminisme, organisée les 13 et 14 septembre derniers. Son intervention s’est déroulée dans un cadre hostile et a fini sous les huées et les insultes. Laura a souhaité s’exprimer ici pour raconter exactement ce qu’il s’est passé et dire ce qu’on l’a empêché de dire lors de cet événement.

 
Premièrement : un immense immense merci pour tous vos messages de soutien. Vous ne savez pas à quel point ça me touche !

Aujourd’hui je suis intervenue à l’Université d’été du féminisme organisée par Marlène Schiappa en tant que porte-parole de Lallab. Si l’événement était en soi hautement critiquable, nous avons décidé de ne pas laisser ce débat à d’autres et de porter nos voix même dans cet espace qui risquait de nous être hostile (cf notre communiqué).

Le thème initial de notre intervention : peut-on être voilée et féministe ? (Nous avons demandé à le modifier)
Voilà. Nous qui travaillons toute l’année en organisant des actions concrètes et diverses contre les violences que les femmes musulmanes subissent au quotidien, nous voici encore cantonnées à ce genre d’interrogation.
En face de nous: le Printemps républicain, aucunement légitime à intervenir sur ce sujet ni à se prétendre féministe alors même qu’ils continuent à harceler des militantes féministes et antiracistes sur les réseaux sociaux – j’en profite pour adresser un soutien immense à la merveilleuse Rokhaya Diallo.

Ce qu’il s’est passé : nous avons été huées par la salle, invectivées et insultées – « cassez vous », « connasse », « c’est qui cette gamine » etc. Le format de mon intervention n’a pas été respecté, ni mon temps de réponse puisque j’étais sans cesse interrompue. Cela a été très violent pour nous toutes.

Notre message était pourtant clair : voulons-nous d’un féminisme qui exclut, qui invisibilise et qui juge des femmes, ou admettons-nous qu’un féminisme qui n’est pas pleinement inclusif ne pourra jamais avancer ?

Alors voilà, aujourd’hui, à une université du féminisme organisée par le gouvernement, on insulte des femmes. Alors que durant les autres interventions, toute la salle applaudissait aux appels à la sororité, à l’union, au respect des choix et des identités de chacune, il semble que ces idéaux ne peuvent compter pour certaines catégories de femmes.

Je tiens aussi à souligner le manque total de représentativité : il n’y avait que très peu de femmes racisées parmi les intervenantes et le public. Un entre-soi encore trop marqué et qui a exprimé très clairement son agressivité face à nos voix.

Il me semblait important de rappeler que le message que nous voulions faire passer était une remise en cause de ce féminisme qui ne nous considère pas. De dire, et j’en suis d’autant plus certaine maintenant, que les féministes ont une responsabilité dans les violences qui touchent les femmes musulmanes quand elles ne condamnent pas les discours essentialisants et stigmatisants qui nous touchent, en remettant en cause nos voix et en invisibilisant nos réalités.
Nous voulions parler de toutes ces femmes mises de côté, qui ne seront jamais invitées et qui pourtant vivent avec violence le sexisme et le racisme dans toutes les sphères de leur vie. Celles à qui on refuse le marché de l’emploi, celles à qui on bloque l’accès aux loisirs, à l’éducation, celles qui se font harceler et violenter dans la rue, au travail, sur internet…
Nos réalités comptent, mais qui en parle aujourd’hui ? Qui ça intéresse ?

Des messages aussi simples et évidents, il n’a pas été possible de les exprimer aujourd’hui lors d’un grand rassemblement féministe.
Il est grand temps que toutes les alliées prennent également leur part de responsabilité dans ce grave constat.

J’avais envie de m’exprimer sur tout cela, et dire fermement qu’on ne lâchera rien, qu’on continuera à être là où on ne nous attend pas pour récupérer la parole qu’on nous a trop confisquée.

Plein d’amour et d’espoir 💕

Diffuse la bonne parole