Malika Hamidi, la foi au service du militantisme féministe

par | 13 novembre 2017 | Portraits

 

L’association Lallab a eu l’honneur d’accueillir Malika Hamidi, chercheuse en sociologie à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) et directrice du Think Tank European Muslim Network à Bruxelles, lors du 3ème Lallab Day, week-end de formation et de rencontre de ses bénévoles. Les anciennes comme les nouvelles Lallas ont pu la rencontrer, échanger et débattre à propos de son livre qui vient tout juste de paraître, « Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? » aux éditions de l’Aube.
À son arrivée, cette grande femme impose par sa stature mais inspire une profonde bienveillance. Elle met très rapidement tout le monde à l’aise et nous propose un échange sur son livre sans trop d’académisme, mais plutôt une conférence ancrée sur le terrain, teintée d’anecdotes et de conseils.

 

« Ma spiritualité devient même politique »

 

Malika Hamidi est engagée depuis 1998. Elle fait partie de cette génération de musulmanes qui s’interrogeaient sur leur citoyenneté. On est encore loin du débat « féministe et musulmane ». À ce moment-là, la question était « Est-ce que je peux être musulmane et engagée ? ». Elle s’implique alors dans différents réseaux inter-associatifs qui encouragent les musulman·e·s occidentaux·ales à s’engager. Elle est également l’une des membres fondatrices du Collectif des Féministes pour l’Egalité et fait partie du Collectif des Mamans pour Toutes et Tous. Elle mène des recherches de 2009 à 2014 et rédige une thèse doctorale de sociologie intitulée « Féministes musulmanes dans le contexte postcolonial de l’Europe francophone : stratégies identitaires et mobilisations transnationales », soutenue à l’EHESS en 2015. Entre temps, elle a eu deux filles et dirige l’European Muslim Network. C’est dans cet engagement qu’elle a compris le sens de sa spiritualité.

 

 « Ma foi, mon foulard me poussent à m’engager, à rayonner »

 

Elle considère que son foulard ne doit pas et ne devra jamais être synonyme d’enfermement. Elle montre dans son livre que le foulard cristallise les débats au sein des mouvements féministes. Pourquoi ? Parce que le foulard de beaucoup de femmes musulmanes, et notamment le sien, est synonyme d’empowerment, de prise de pouvoir politique et d’engagement. « Ce n’est plus le foulard de nos mamans qui rasaient les murs. Nos mamans portaient le foulard mais n’avaient pas vraiment de visibilité du fait de leur condition sociale. Aujourd’hui, nous sommes des femmes, nous portons un foulard et nous voulons accéder aux postes que nous méritons. »

« Mon engagement, je le vis comme un devoir »

Malika Hamidi ne considère pas son militantisme comme une « une activité à côté ». C’est aussi pour cela qu’elle arrive à gérer les multiples facettes de sa vie, celle d’épouse et de mère, celle de professeure, celle de chercheuse et celle de femme engagée dans différents réseaux. Ce militantisme, elle ne le considère pas comme un hobby. Elle s’engage car elle croit véritablement en la cause qu’elle défend. Elle puise sa force dans sa spiritualité, dans son lien avec Dieu. Son énergie et sa force de conviction viennent aussi de sa famille. Elle a deux filles, comme elle le dit « deux futures féministes ». Et c’est surtout pour celles-ci qu’elle se bat. Elle essaie de transmettre son combat car elle considère sa génération sacrifiée.

 

Crédit photo : E. Sempere pour Lallab

 
Malika Hamidi s’investit aussi et surtout sur le terrain, dans les maisons de quartier ou dans les sections féminines des mosquées. C’est là que la formation est indispensable. En effet, le discours féministe, et d’autant plus le discours féministe musulman, est assez élitiste. Il est donc nécessaire de procéder à sa vulgarisation, l’objectif étant que même celles qui ne se réclament pas du féminisme, ou que l’appellation « féministe » rebute, comprennent les enjeux et notamment la problématique des discriminations faites aux femmes musulmanes. Pour elle, il est indispensable que le discours féministe musulman ne vole pas que dans les sphères académiques.

Elle agit aussi directement sur le terrain afin de dénoncer certaines pratiques rétrogrades comme le mariage forcé ou l’excision. Elle a mené une campagne d’information en collaboration avec l’EMN, dans huit grandes villes européennes dont Rotterdam, sollicitant directement les imams des deux grandes mosquées pour que ces derniers condamnent la pratique du mariage forcé lors du sermon du vendredi.

Malika Hamidi met en valeur les recherches académiques permettant de mettre en évidence les discriminations faites aux femmes musulmanes dans une logique intra- et extra-communautaire avec, par exemple, le projet Forgotten Muslim Women de l’organisation ENAR (European Network Against Racism), et les met en lien avec des formations sur le terrain pour les non musulman·e·s mais aussi les musulman·e·s. Elle a notamment été l’une des pionnières (depuis vingt ans, elle le répète !) à ouvrir la voie à un engagement militant avec des non musulman·e·s, à appeler à l’ouverture du féminisme vers d’autres horizons au-delà de sa propre communauté. C’est cette volonté d’alliance qui a dérangé et qui dérange toujours.

 

Crédit photo : E. Sempere pour Lallab

 

« Lallab personnifie une génération de femmes qui fait voler en éclats une sagesse conventionnelle vers laquelle on veut nous pousser. »

Ainsi, elle met l’accent sur la nécessité absolue de ne pas se restreindre à un groupe ou une communauté, de s’ouvrir et surtout de s’associer à d’autres mouvements. Son mantra, c’est le partage de valeurs. Elle a grandi entourée de non-musulman·e·s et elle fait en sorte que ses filles aient elles aussi une ouverture d’esprit quant à d’autres religions, d’autres cultures. Son combat s’inscrit dans cette lignée. Il y a effectivement un travail intra-communautaire à faire afin de lutter contre les interprétations patriarcales de la religion ou les traditions associées à tort à la religion musulmane. Mais il faut aussi créer des alliances avec d’autres réseaux féministes, à l’échelle européenne, afin de porter un discours féministe, inclusif, intersectionnel, décolonial et antiraciste.

Ces alliances se font aussi là où on ne les attend pas. En effet, Malika Hamidi, lors d’un congrès féministe canadien, a fait preuve d’une certaine bienveillance (et d’une bonne dose de sang-froid) à l’égard d’une féministe « laïcarde radicale » qui refusait de lui serrer la main. Aujourd’hui, cette personne est une grande alliée et une grande défenderesse des femmes musulmanes au Canada.

« Les femmes musulmanes doivent lutter contre toutes les formes de discriminations, qu’elles proviennent des hommes ou des institutions. »

Nous sommes toutes sorties de cet échange motivées pour affronter tous les obstacles nous empêchant d’atteindre un monde où chaque femme aurait la liberté de faire ce dont elle a envie. Parce que Malika Hamidi mène ce combat depuis vingt ans et qu’elle nous transmet cette volonté et cette pugnacité. En espérant que Lallab contribue tout autant qu’elle à ce monde.

Diffuse la bonne parole

Option Avantages Inconvénients

Dialogue interne

Rapide, préserve les relations si fonctionne Risque de non-résolution
Saisine des RH/DRH Trace écrite, procédure encadrée Dépend de la bonne volonté de l’entreprise
Saisine auprès du  Défenseur des Droits Gratuit, spécialisé Procédure pouvant prendre du temps
Action en justice Peut obtenir réparation Long (1 à 3 ans), coûteux, peut être source de stress.

Votre santé mentale avant tout
Les procédures contentieuses peuvent être longues, pénibles et éprouvantes. Nous avons conscience que bien des entreprises ne respectent pas rigoureusement la législation, et interdisent abusivement le port du foulard. Si nous soutenons, et saluons le courage de toutes celles qui portent ces affaires en justice, nous avons conscience que le coût moral, psychologique, de ces procédures est important. Vous n’avez aucune obligation morale d’agir pour faire valoir vos droits, même quand vous savez qu’ils ont été bafoués. 

Bibliographie pour approfondir 

Code du travail

 

Code pénal

Loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032968676


Cour de cassation

  • Ass. plén., 25 juin 2014, n° 13-28.369 : Clause de neutralité et discrimination indirecte
  • Ch. soc., 22 novembre 2017 : Limites de la clause de neutralité dans l’entreprise
  • Ch. soc., 14 avril 2021, Pourvoi n° 19-24.079 : Gêne clientériale non légitime

Cour de justice de l’Union européenne

  • Grande chambre, 14 mars 2017, affaires C-188/15 et C-157/15 : Neutralité et signe religieux au travail

Défenseur des Droits
Ressources et saisine gratuite en cas de discrimination
https://www.defenseurdesdrots.fr

Lallab
Accompagnement spécifique et ressources sur la laïcité et les discriminations
https://lallab.org

Ministère du Travail
Informations sur les droits des salariés et laïcité en entreprise
https://travail-emploi.gouv.fr


Lysandra & l’équipe soutien

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