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Communiqué Lallab : sortons de cet engrenage de violences

Lallab apporte son immense soutien et ses sincères condoléances à la famille, aux collègues et aux élèves de Samuel Paty, atrocement assassiné.

 

Nous condamnons cet acte affreux dont a été victime cet enseignant et sommes profondément atterrées par un tel niveau de violence et le danger que cela représente pour le vivre-ensemble et pour notre société. Lallab rend également hommage aux enseignant.e.s qui s’investissent quotidiennement pour instruire correctement leurs élèves, qui sont aussi nos enfants, malgré une hiérarchie qui ne les soutient souvent pas assez et des conditions de travail toujours plus dégradées.

 

Dans ce climat douloureux, nous exprimons notre soutien aux musulman.es qui se voient de nouveau mis.e.s à l’écart de la société, obligé.e.s de se justifier pour ce crime horrible.

Nous sommes aujourd’hui en deuil face à ce drame national. En tant que citoyennes, mais également pour un certain nombre d’entre nous en tant que professeures, membres de l’éducation nationale, étudiantes et/ou parents d’élèves. Cependant, car nous sommes des femmes musulmanes, notre recueillement face à ce crime abject nous est retiré de force.

Vendredi dernier, nous intervenions à la Rencontre des Justices, évènement de solidarité et d’organisation inter-collectif. Nous étions invitées pour parler de la marche contre l’islamophobie organisée par le Collectif du 10 novembre en 2019. Nous avons abordé plus largement le problème de l’islamophobie qui ronge notre société depuis des années, de l’importance de s’organiser ensemble, de créer des ponts entre collectifs pour bâtir une société meilleure et juste pour tous et toutes, où la lutte contre les oppressions serait notre objectif commun. S’en est suivie une déferlante d’attaques islamophobes contre nous sur Twitter pour nous silencier et pousser encore plus loin toutes les confusions haineuses. Ces attaques en ligne visent encore et toujours à délégitimer notre travail de lutte contre le sexisme, le racisme et l’islamophobie, pour nous accuser de nourrir la haine et la violence.

Nous dénonçons ces invectives qui nous accusent à tort de complaisance islamiste et nous pointent comme des ennemies. Nous sommes, une fois n’est pas coutume, visées, tel un groupe homogène, par les plus dangereux raccourcis.

Chez Lallab, nous militons contre la violence, pour la justice et le respect des droits fondamentaux de chacun.e. Nous regrettons en cela que l’auteur de ce crime n’ait pu être traduit en justice, comme cela devrait être le cas à chaque fois, dans la mesure du possible, dans un Etat de droit. Dans un pays juste, le meurtre d’un homme entraine le jugement d’un autre, ne serait-ce que pour comprendre ses motivations et recueillir des informations importantes pour éviter qu’un tel crime ne se reproduise. Ce n’est qu’en appliquant des principes de justice forts que nous parviendrons à briser le cercle de la violence. Ces crimes abjects ne doivent plus être instrumentalisés pour discriminer et violenter en retour tou.te.s les musulman.e.s.

Plusieurs acteurs publics profitent de cette situation désastreuse pour faire avancer leurs agendas politiques, visant véritablement à créer le séparatisme qu’ils aiment tant dénoncer, et à détruire la cohésion sociale et la solidarité, dont nous avons tous tellement besoin aujourd’hui.

L’islamophobie, ce traitement injuste à l’égard des personnes de confession musulmane ou perçues comme tel, nous suit, et ses sympathisants détournent malicieusement une heure noire de notre pays, pour chercher à nous détruire. Ces discours ont des conséquences directes sur les vies, les quotidiens, les conditions sociales des citoyen.ne.s français.e.s de confession musulmane. Ici ou ailleurs, l’islamophobie s’amplifie et terrorise les musulman.e.s. Dimanche, ce sont ainsi deux femmes musulmanes, l’une portant le voile, qui ont été violemment agressées sur le Champ-de-Mars à Paris, apparemment dans l’indifférence médiatique et politique générale. Telles sont les conséquences désastreuses d’une politique qui jette en pâture les musulman.e.s et cultive la haine à leur encontre.

L’insécurité pèse lourdement sur toute personne mais aussi sur tout collectif qui s’engage dans la lutte pour la dignité et la justice.

Les musulman.e.s sont une fois de plus coincé.e.s par cette injonction paradoxale : sommé.e.s de condamner la barbarie, mais la moindre apparition pour s’exprimer contre le fanatisme, et les voici conspué.e.s, accusé.e.s de “double discours” et condamné.e.s d’avance. Myriam Pougetoux était sous la pluie des invectives, alors qu’elle venait pleurer le mort et dénoncer la barbarie, tandis que Mélanie Luce, la présidente de l’UNEF était ciblée par des insultes lors de sa prise de parole pendant le rassemblement en mémoire de Samuel Paty à Paris, dimanche dernier.

Nous soutenons et soutiendrons sans relâche la présidente et la vice-présidente de l’UNEF.

Nous soutenons l’Observatoire de la Laïcité reconnu pour son travail sur le terrain et son rapporteur Nicolas Cadène dont le poste est menacé car il œuvre pour une société respectueuse de chacun.e du principe de laïcité, contre son instrumentalisation et son utilisation à des fins racistes. Nous lui envoyons tout notre soutien.

Nous exprimons également tout notre soutien au CCIF, menacé de dissolution par le gouvernement, alors qu’il apporte une aide juridique de taille aux personnes victimes de l’islamophobie, en particulier aux femmes musulmanes qui sont en première ligne des nombreuses agressions islamophobes – 70% des agressions islamophobes en France visent des femmes selon leur dernier rapport.

Au niveau européen, le collectif contre l’Islamophobie est un acteur majeur de la lutte contre les discriminations et dans la reconnaissance de l’islamophobie comme discrimination spécifique qui touche les musulman.e.s. Son engagement pour la justice représente un apport considérable dans la lutte pour le respect des droits fondamentaux. Dissoudre un tel collectif serait un danger sans précédent pour les droits humains et la preuve irréfutable que le droit à la défense et l’accès à la justice seraient niés aux personnes musulmanes.
Vers quelle société tendons-nous ? Celle où les droits de milliers de français.es de confession musulmane seraient inexistants, bafoués et piétinés ?

Nous sommes fatiguées et épuisées. Nous dénonçons cette chasse aux musulman.e.s, cette atteinte à nos droits, à la méfiance organisée envers nos luttes, nos engagements contre l’injustice.

Nous envoyons de nouveau nos profondes pensées à la famille et aux proches de Samuel Paty, à ses élèves et ses collègues, au corps enseignant dans son ensemble, aux musulman.e.s inquiété.e.s et fragilisé.e.s par cette atmosphère asphyxiante. Nous sommes de tout cœur avec vous et nous ne lâcherons rien face à cette destruction organisée.

Contre et en dépit des violences, nous resterons uni.e.s et solidaires, avec force et dignité !

Crédit image à la une : Elodie Sempere pour Lallab

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