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J’ai subi des cyberviolences conjugales, et je m’en suis sortie [Partie II]

Si vous êtes victime de violences sexistes et sexuelles, cette page référence les dispositifs pour vous accompagner.
Un an après avoir passé le bac, j’ai rencontré un homme qui m’a harcelée pendant presque un an. Bien que je l’aie rencontré physiquement, notre relation a continué à distance puisque nous étudiions dans deux villes différentes. Il n’y a pas eu de coups, pas de bleus, pas de cris. Juste des messages, mais c’est amplement suffisant pour détruire quelqu’un.

→ Lire la partie I.

 

Partie II : Se reconstruire

 

La plupart des gens pensent que les violences cessent d’avoir un effet sur nous dès que l’on coupe tout contact avec notre bourreau.

Dans mon cas, c’était presque l’inverse. Pendant des mois, j’étais dans une bulle, mes émotions étaient anesthésiées. Lorsque cette bulle a éclaté, la réalité m’a sauté au visage. J’étais extrêmement fatiguée et je pleurais sans raison. L’ami qui m’avait aidée, du jour au lendemain, n’a plus voulu me parler. Cela a provoqué en moi un désespoir que je n’avais jamais connu jusque-là. Je pleurais nuit et jour. Je me sentais insignifiante, inutile et nulle. J’attendais avec impatience l’heure de dormir, parce qu’il n’y a qu’en dormant que je ne souffrais pas. Je dormais plus de dix heures la nuit, et le jour je faisais de longues siestes. J’ai beaucoup maigri car j’avais perdu l’appétit. 

Cet événement, que j’ai vécu comme un abandon, est encore un traumatisme aujourd’hui.

Quelques jours plus tard, cet ami m’a expliqué que sa décision était due à mon « caractère difficile » qui ne lui correspondait pas. Je venais de quitter un homme qui avait essayé d’effacer ma personnalité. En me reprochant mon « caractère difficile », cette personne m’a confortée dans l’idée que ma place de femme était d’être invisible et de faire ce que les hommes attendaient de moi. J’en ai déduit que la société ne m’accepterait jamais.

Ma mère a toujours dit que j’étais persévérante. Alors je me suis efforcée de l’être.

J’ai commencé à faire du vélo tous les jours. Je pédalais en écoutant des morceaux de musique qui me donnaient la sensation d’être forte.

J’ai coupé mes cheveux, mes boucles volaient dans le vent, tandis que je pédalais.

J’ai posé pour ma grande sœur, passionnée de photographie.

J’ai parlé à d’autres femmes qui m’ont écoutée et soutenue.

J’ai appris à contrôler mes émotions grâce à une psychologue.

Aujourd’hui, cela fait dix mois que j’ai appuyé sur le bouton « bloquer ». J’aimerais vous dire que tout est fini. Mais il y a toujours ces moments, le soir, où je pleure sans raison, où l’anxiété est si forte que j’en ai mal au dos. Ces instants où je suis dans mon lit, fixant le plafond sans trouver le sommeil, où je repense à cette histoire, je me refais le film. Puis, histoire de me convaincre que tout cela est bien arrivé, je saisis mon téléphone, je regarde d’anciens messages, j’essaie d’y trouver des preuves que c’est bien sa faute à lui, et pas la mienne, que je n’ai rien à me reprocher. 

Désormais, je dois vivre au quotidien avec cette voix, qui me dit de ne pas accorder ma confiance ou m’attacher à des personnes que j’apprécie car elles pourraient me trahir ou m’abandonner. Dans mes cauchemars, ces deux hommes qui m’ont fait du mal ressurgissent. Ils remettent en doute ma parole ou m’accusent d’avoir mal agi.

Il y a toujours ces sentiments négatifs. La honte et la culpabilité de s’être laissée faire alors qu’on a toujours été vu comme quelqu’un de solide et fort. L’injustice de devoir payer les conséquences des problèmes psychologiques des autres. La crainte de renforcer l’islamophobie à chaque fois qu’on raconte son histoire.

Ces questions que l’on aimerait ne pas entendre. Comment as-tu pu accepter ça ? Pourquoi tu t’es laissée faire ? Comment a-t-il pu convaincre quelqu’un comme toi ?

Les vestiges des violences que l’on a subies nous hanteront toujours. Les autres attendent que l’on soit heureux, parce que c’est terminé. Lorsqu’on a mal, ils ne comprennent pas que c’est à cause du fantôme qui rôde encore.

Les expériences douloureuses nous apprennent à mieux nous connaître, à connaître nos forces, nos faiblesses, nos limites. Tout nous apparaît plus clairement.

Aujourd’hui, j’ose enfin avouer ce que je veux faire dans la vie : écrire. Écrire, c’est prendre le pouvoir : transporter les gens dans notre monde, les obliger à adopter notre regard, déposer en eux des sentiments qu’ils n’auraient pas dans la vraie vie.

 

→ Lire la partie III.

 

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